lundi 16 septembre 2013

"Renégat" - Baladi

Superbe découverte ce week-end au Festival Cultures Maison #4 (Bruxelles) que celle de l'édition The Hoochie Coochie. D'ailleurs, ce n'était pas tant une nouveauté pour moi, puisque je possède déjà un exemplaire de Turkey Comix chez moi, une revue haute en couleur que j'avais presque oubliée, si elle n'était pas si bien placée dans ma bibliothèque à côté des Requins Marteaux et des catalogues de la revue HEY ! Enfin, ayant décidé de ne surtout rien acheter, et donc - de me mettre d'affreuses oeillères mentales pour ne pas craquer, je me suis tout de même arrêtée devant cette table. Tant de piraterie et de belles couleurs m'émoustillent.

Joli récit de flibuste aux airs doux et mélancolique, Renégat retrace la vie en mer d'un pirate plutôt très sympathique qu'effrayant alors qu'il est enfermé dans un cachot et que son salut repose sur la tutelle d'un écrivan bourgeois et curieux. A grands renforts de bons services - notamment gustatifs - cet homme tente d'élucider le mystère de la vie de ces hommes redoutables dont il n'arrive pas à savoir s'ils sont bons ou mauvais, en tout cas dans leur démarche, sinon dans leur façon d'être en général. Pas étonnant donc, après tant de gâteries, si notre gentil pirate tente de mettre un peu de piquant dans son récit pour attiser l'attention et l'engoûment de son bienfaiteur, en rajoutant des histoires de trésors, de monstres marins, et de bravoure exemplaire.

Baladi a pris le parti de montrer les pirates sous leur meilleur jour, avec cet air bourru et pas bien méchant, comme des hommes qui faute de pouvoir et de vouloir s'adapter au monde qui leur est imposé, où règne la loi du plus riche et de la hiérarchie, ont décidé de se faire les Robin des Bois des mers. Ca en fait une histoire presque touchante, en tout cas des personnages très attachants, et donne peut-être un peu des envies de rebellions. Comment expliquer que ce renégat se sent mieux auprès d'un équipage de pirates qu'avec des "bons marchands", qu'il mange mieux abandonné sur une île déserte que sur un bateau honorable, et que malgré son envie de non violence, il se sente plus en sécurité avec les types qui abordent le bateau sauvagement qu'avec ceux qui se prétendent les gentils ? Une vision de la piraterie très proche de celle de Daniel Defoe dans Libertalia, dont l'auteur débat par la suite à la fin de la bande-dessinée, dans une postface très chouette à lire et qui complète à merveille son oeuvre.

Et pour couronner le tout, le style graphique est vraiment très bon, très travaillé et bien pensé, et on sent que Baladi s'est monstrueusement bien amusé à dessiner là-dedans. Jeu de mise en page, travail des cases, fluidité et mouvements dans les bulles, belles scènes en mer et en cachot, poésie des paysages et des expressions des personnages, et un très beau trait noir.

J'aurai du mal à savoir ce qu'il vous faut de plus, sinon un aperçu de ce trésor génial et un passage de l'auteur sur France Culture pour vous en parler. En plus c'est déjà l'automne, certains ne verront plus la mer avant longtemps, alors saisissez votre chance.

Yo-oh !

par Mrs.Krobb

Renégat de Baladi (existe aussi en version deluxe)
Bande-dessinée française
The Hoochie Coochie, août 2012
17 euros

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