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mardi 4 février 2020

"La tempête des échos" - Christelle Dabos

* * * Attention, il s'agit de la fin d'une saga : retrouvez les tomes 1, 2 et 3 * * *
Au commencement, nous étions un.
Mais Dieu nous jugeait impropres à le satisfaire ainsi, alors Dieu s'est mis à nous diviser. Dieu s'amusait beaucoup avec nous, puis Dieu se lassait et nous oubliait. Dieu pouvait être si cruel dans son indifférence qu'il m'épouvantait. Dieu savait se montrer doux, aussi, et je l'ai aimé comme je n'ai jamais aimé personne.
Je crois que nous aurions pu tous vivre heureux, en un sens, Dieu, moi et les autres, sans ce maudit bouquin. Il me répugnait. Je savais le lien qui me rattachait à lui de la plus écœurante des façons, mais cette horreur-là est venue plus tard, bien plus tard. Je n'ai pas compris tout de suite, j'étais trop ignorant.
J'aimais Dieu, oui, mais je détestais ce bouquin qu'il ouvrait pour un oui ou pour un non. Dieu, lui, ça l'amusait énormément. Quand Dieu était content, il écrivait. Quand Dieu était en colère, il écrivait. Et un jour, où Dieu se sentait de très mauvaise humeur, il a fait une énorme bêtise.
Dieu a brisé le monde en morceaux.
Nous commençons ce dernier tome avec l'effondrement de Babel et une sorte d'épuration de toutes les personnes non-natives de Babel afin de pouvoir réguler la population avec le peu de terres encore disponibles. Ophélie fait bien sûr partie des personnes vouées à l'expulsion, et c'est ainsi qu'elle décide de se rendre à l'observatoire des Déviations, à la fois pour demander droit d'asile et pour résoudre les mystères qui entourent cet endroit où sont entassés toustes les "inversé•e•s". Dans cet observatoire, elle fera plus ample connaissance, par le biais de résidus mémoriels, avec Eulalie Dilleux - Dieu - et sera suivie de près par l'ombre.
Eulalie attarde son regard sur les carcasses couchées des arbres millénaires. Une histoire de plus déracinée à jamais. Elle ne s'en émeut pas. Elle n'a aucun attachement au passé : seul compte l'avenir qui se réécrira sur ces ruines. Elle peut déjà l'imaginer, ce nouveau monde. Il palpite sous ses pas comme un cœur de bébé qui attend de naître.
Ce dernier tome est encore plus radical que les trois autres en terme de manipulation, d'oppression, de discrimination, d'exclusion et de confrontation. Premièrement, avec la vague d'expulsion forcée des individus marqués, bringuebalés de force dans des dirigeables surpeuplés, dont on a quasiment la certitude qu'ils n'ont aucune destination et vouent les gens à une mort certaine. C'est ainsi que l'on apprendra enfin ce qui se trouve dans le "vide", entre les arches, ce qui tient l'équilibre du monde, ce qui se cache dans l'inconnu et qui est la clé de toute l'Histoire. Ces expulsions forcées ont aussi renforcé l'esprit de rébellion qu'on trouvait déjà un peu dans le troisième tome, et qui gagnent grandement du terrain ici : l'humanité qui tente de reprendre ses droits, son droit au souvenir, son droit au libre-arbitre, son droit à exister même sans pouvoir familial...
Des vies impossibles surgissaient du néant. D'autres y étaient plongées ou n'en sortiraient jamais.
Deuxièmement, il y a l'observatoire des Déviations. Que l'on peut voir clairement comme une critique de la psychiatrie et de ses dérives, de la façon dont la plupart des gens perçoivent les personnes handicapées (physiquement ou mentalement), de la façon dont ces personnes sont traitées, abusées, manipulées et mises à l'écart, de la façon dont on impose des traitements, des techniques, de l'isolement. Tandis qu'on se rapproche progressivement de l'Histoire de notre monde avec les souvenirs d'Eulialie, on se rapproche également beaucoup des problématiques qui nous concernent et donc des critiques vraiment pertinentes, qui commençaient à se faire sentir dans le 2ème tome et à être vraiment poussées dans le 3ème. Malgré le fait qu'on se trouve clairement dans un Univers fantaisiste, et malgré le fait que les choses soient abordées de façon très superficielle, le 4ème tome tape assez fort.
Elle a toujours pensé que, si l'humanité est à ce point agressive et belliqueuse, ce n'est pas tant par haine des autres que par peur de sa propre fragilité. Si chaque personne au monde était capable d'accomplir des miracles, elle cesserait de craindre son voisin.
Ce tome apporte toutes les résolutions finales et il est dur d'en parler sans trop spoiler. De mon côté, j'y ai trouvé autant de révélations et retournements excitants et fascinants que j'ai trouvé de choses bâclées ou finalement un peu décevantes. Je dirai juste que si j'ai été peu convaincue par certains éléments du passé concernant Dieu, les Esprits de Famille et l'Autre - tout en trouvant la motivation de départ pertinente -, je trouve aussi la fin plutôt satisfaisante dans le sens que la boucle est bien bouclée, je n'aurai pas vu d'autre résolution. Je reconnais cependant que l'histoire se tient de bout en bout, et que Christelle Dabos a réussi à nous tenir en haleine pendant quatre tomes déjà bien denses, a réussi à construire un monde complexe, critique et riche en possibilités. Les personnages gagnent véritablement en personnalité au fur et à mesure des tomes, et l'écriture de l'autrice paraît également plus affirmée qu'au début.
« Nous sommes originaires de familles différentes. Vous êtes cyclopéens ? Mettez-vous en apesanteur. Vous êtes fantômes ? Transformez-vus à l'état gazeux. Vous êtes colosses ? Réduisez votre masse. S'il y a des Zéphyrs à bord, invoquez des vents ascendants. Vous n'êtes peut-être plus des citoyens de Babel, vous n'en êtes pas moins ce que vous êtes. Chacun d'entre vous peut contribuer à tous nous ramener à la surface. »
Je regrette de n'avoir pas pu explorer bien plus que ça les différentes arches, et j'imagine qu'il est toujours possible d'espérer de futures histoires parallèles basées sur ces microcosmes ; je regrette aussi certains personnages qui étaient très prometteurs et qu'on ne suit finalement que très peu (ou qui ne servent qu'un but sans réellement exister pour eux-mêmes). Je ne sais pas s'il s'agit d'une lecture qui me marquera durablement, bien que clairement la plupart des sujets abordés et la diversité des pouvoirs familiaux m'aient réellement enthousiasmée, mais ces livres ont l'avantage de réussir à happer complètement. Tout n'y est pas parfait et j'ai eu réellement du mal à rentrer dedans au premier tome, mais clairement en sortir a été aussi bien compliqué, et certaines choses m'ont fait doucement penser à la trilogie À la croisée de mondes de Philip Pullman. Si vous êtes intéressé•e•s par les mondes parallèles, les histoires "de l'autre côté du miroir", les pouvoirs magiques-mais-pas-trop, mais aussi par le fait d'avoir une héroïne féminine, d'avoir des personnes "de travers, différents, handicapés ou maladroits", et d'avoir également un Dieu qui est en réalité une femme : allez-y, c'est pour vous.
Son corps était, comme sa voix, ni vraiment celui d'un homme ni vraiment celui d'une femme, ou alors un peu des deux à la fois.
Bonus : extraits 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8

par Mrs.Krobb

La Passe-miroir t.4 : La tempête des échos de Christelle Dabos
Littérature franco-belge
Gallimard Jeunesse, novembre 2019
19,90€

mardi 28 janvier 2020

"La mémoire de Babel" - Christelle Dabos

* * * Attention, ceci est le troisième tome d'une saga : retrouvez le tome 1 et 2 * * *
Il sera une fois,
dans pas si longtemps,
un monde qui vivra enfin en paix.
En ce temps-là,
il y aura de nouveaux hommes
et il y aura de nouvelles femmes.
Ce sera l'ère des miracles.
Après trois ans à ruminer de retour sur Anima, Ophélie se laisse embarquer par Archibald, venu la retrouver en toute discrétion, vers une Rose des Vents. C'est ainsi qu'elle décide de se rendre sur Babel, car il semblerait que les indices convergent : c'est là-bas que tout aurait commencé, selon ses souvenirs de la lecture du Livre de Farouk. Elle s'y rend seule, espérant y revoir Thorn au passage, duquel plus personne n'a de nouvelles depuis son escapade hors de prison ; de son côté, Archibald est entouré de Renard et Gaëlle pour tenter de trouver Arc-en-Terre. Nouvelle identité pour Ophélie, après avoir endossé un rôle de valet, après avoir été la fiancée de Thorn, la voici maintenant... Eulalie, candidate au poste d'avant-coureuse au Mémorial de Babel, pour aller toujours plus loin vers la vérité.
La Mère Hildegarde s'était tuée à cause de lui.
Le baron Melchior avait tué pour lui.
Thor avait failli être tué par lui.
L'existence même de Dieu était une vérité dangereuse.
Babel est une arche intéressante en cela qu'elle regroupe plusieurs citoyens d'arches étrangères. À défaut d'avoir beaucoup voyagé et d'avoir fait la connaissance de tous les Esprits de Famille, d'avoir vu tous les talents s'exercer, Babel en offre un aperçu rapide même si discret. Mais surtout, Babel est entourée d'une aura de censure bien plus importante qu'ailleurs, avec un Index de vocabulaire interdit, et elle impose également un code vestimentaire stricte, une claire séparation entre descendants des Esprits de Famille et simple citoyen•ne•s. En son sein, une Bibliothèque plus foisonnante que celle qui vous a fait tant rêver dans la Belle et la Bête, avec un espace utilisé jusque dans ses moindres recoins, puisqu'on peut y grimper au plafond.
Elle se crispa en voyant le fauteuil d'Ambroise s'engager sur une rampe courbe qui permettait de basculer en douceur de l'horizontalité du hall à la verticalité d'un couloir. En quelques secondes, il se mit à rouler le plus naturellement du monde le long du mur, sans même perdre son turban en route.
- Miss ? chuchota-t-il quand il s'aperçut qu'Ophélie ne le suivait pas.
- Je... je n'ai jamais fait ça.
- Prendre un transcendium ? C'est d'une simplicité enfantine. Marchez droit devant, sans vous poser de questions.
Dans ce tome apparaît un tout nouveau paysage, de nombreux personnages qui deviendront tout aussi importants que ceux du Pôle, et, évidemment, de nouvelles intrigues, apportant son lot de complots, de méchants, de secrets... Il y a notamment ces fameux livres écrits par E.D., des contes pour enfants en apparence inoffensifs et qui pourtant vaudront la peine que l'on tue, que l'on dissimile. Il y a aussi Sir Henry, l'automate caché, qui travaille à un nouveau catalogue des archives, à qui les avant-coureur•se•s doivent rendre des comptes. Et bien sûr, Ophélie se retrouvera confrontée à des ennemis bien fourbes au sein même de sa formation, qui n'ont rien à envier aux facéties des Mirages du Pôle... Heureusement, elle trouvera rapidement des alliés dans des personnes tout autant de travers qu'elle, personnages fort intéressants au demeurant.
Même loin de chez elle, même après toutes ces années, on la traitait encore et toujours comme une mioche. Elle regarda le tabouret galoper à travers le laboratoire, repensant soudain au périscope dans l'amphithéâtre, aux mots qu'il était interdit de prononcer, à cette mémoire collective verrouillée à double tour dans le Secretarium. Ce n'était pas elle, la mioche. C'était l'humanité entière. Ils étaient tous, absolument tous maintenus dans un état d'infantilité par Dieu et ses Tuteurs.
Comme dans le tout début de l'histoire, il faut de nouveau un petit moment pour installer ce nouveau décor, pour Ophélie d'appréhender les nouvelles règles de société, les nouveaux talents, de se faire une place, difficilement, de ramper dans le noir pour accéder à plus de lumière. Néanmoins, en prenant son mal en patience, on y trouve un tome foisonnant, riche en nouvelles révélations, et plein de surprises, agréables comme désagréables. Dieu, l'Autre, le début et la fin n'ont jamais été si proches. Les problématiques de société divisée par castes, de la religion, de la censure, de l'oubli du passé, des tentatives de révolte, mais aussi ici de tout ce qui touche à la différence, au handicap, sont ici de plus en plus marquées. Un tome-pivot qui termine avec fracas. Je ne spoilerai pas, mais vous aurez probablement envie de courir acheter le dernier tome pour ne pas rester sur votre faim.
Ophélie ne savait pas quelle perspective était la plus effrayante. Un monde gouverné par Dieu ou un monde gouverné par des hommes se prenant pour Dieu.
Bonus : extraits 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9


par Mrs.Krobb

La Passe-miroir, t.3 - La mémoire de Babel de Christelle Dabos
Littérature franco-belge
Gallimard Jeunesse, mai 2019
19 euros

vendredi 17 janvier 2020

"Les disparus du Clairdelune" - Christelle Dabos

* * * Attention, ceci est le tome 2 d'une série de 4 livres - voir le premier tome ici * * *
Ophélie se cogna le nez contre le ciel. Elle s'était penchée par-dessus le parapet pour chercher Farouk, mais la mer n'était rien de plus qu'un mur. Une immense fresque mouvante où le bruit des vagues était aussi artificiel que l'odeur de sable et la ligne d'horizon. Ophélie remit ses lunettes en place et observa le paysage autour d'elle. Presque tout était faux ici : les palmiers, les fontaines, la mer, le soleil, le ciel et la chaleur ambiante. Les palaces eux-mêmes n'étaient probablement que des façades en deux dimensions. Des illusions. À quoi s'attendre d'autre quand on se trouvait au cinquième étage d'une tour, quand cette tour surplombait une ville et quand cette ville gravitait au-dessus d'une arche polaire dont la température actuelle ne dépassait pas les moins quinze degrés ? Les gens d'ici avaient beau déformer l'espace et coller des illusions dans chaque coin, il y avait quand même des limites à leur créativité.
Tandis qu'Ophélie est couronnée vice-conteuse à la cour de l'Esprit de Famille du Pôle, qui souhaite également qu'elle lui dévoile le contenu de son Livre avec ses mains de liseuse, de drôles de disparitions commencent à avoir lieu dans la forteresse jusqu'ici imprenable gardée par Archibald, l'ambassadeur du Pôle. Au même moment, Ophélie elle-même reçoit des lettres de menaces concernant son mariage à venir avec l'Intendant, Bérénice est sur le point d'accoucher, la famille d'Anima sur le point de débarquer... sans compter le mystérieux chevalier, ou encore les récentes révelations sur les Doyennes.
« Nous vivons dans une drolle d'affaire, t'sais », avait dit le grand-oncle.
Alors que leur conversation lui revenait soudain en mémoire, Ophélie se sentit emportée dans un tourbillon de questions. La Déchirure du monde était-elle réellement finie ? Qu'est-ce qui l'avait seulement provoquée ? L'une de ces guerres dont les Doyennes ne voulaient surtout plus entendre parler ? Les esprits de famille savaient-ils quelque chose d'important à ce sujet avant de l'avoir oublié ? Leurs Livres détenaient-ils une information sur ce qui s'était passé ? Et si c'était cette vérité-là qui dérangeait certaines personnes ?
Si le premier livre était au début parfois lent, poussif, laborieux, et si les personnages nous échappaient vraiment, le tome 2 consolide l'univers des arches, l'histoire de Dieu et des Esprits de famille, et rajoute un peu de personnalité aux protagonistes. Il se passe vraiment beaucoup de choses ici, et l'intrigue se met bien en place. On avait déjà appris à ne faire confiance à personne dans ce monde d'illusions, mais vous serez prévenus : c'est de pire en pire. J'ai beaucoup apprécié l'affirmation grandissante du personnage d'Ophélie, et de comprendre enfin un peu plus ce qui animait sa nouvelle famille, leur histoire et leurs buts. Chaque personnage est comme une pièce à double face et au lieu de la binarité du premier tome, on retrouve ici beaucoup de nuances et de contexte. Le Pôle n'en finit pas non plus de nous étonner, de même que le bouclier psychique imprenable de Farouk finit par se fissurer un peu...
Un matin, Ophélie fut couverte de pustules de la tête aux pieds. Le lendemain, elle se mit à dégager une abominable odeur de fumier. Le surlendemain, elle ne pouvait plus faire un geste sans émettre de tonitruants bruits de flatulence. Ce n'était heureusement que des illusions éphémères qu'on lui jetait dès qu'elle avait le dos tourné et qui se dissipaient en quelques heures, mais l'inventivité dont ces courtisanes faisaient preuve pour l'humilier était sans limites.
Un tome à la fois plus clair et plus obscur, qui se penche aussi sur toutes les strates du Pôle (et de sa société très variée) et nous offre plus de vérité pour moins d'illusions - à moins que ce ne soit encore l'inverse ? La réflexion aussi sur le passé, l'Histoire, son oubli, sa réécriture, sa censure, est aussi intéressante et bien amenée, notamment parce qu'il semble clair que le passé des arches, c'est nous (bien que le décor ne soit jamais futuriste et ait l'air d'ailleurs plutôt retro par rapport à nous). En tout cas, c'est ce livre-ci qui m'a vraiment convaincue de continuer, et sa fin - sans spoiler - m'a vraiment donné soif de réponses : on pourra en dire ce qu'on veut, mais Christelle Dabos sait installer des tensions, des intrigues et des histoires qui tiennent en haleine. Aussi, on peut dire que j'ai fini par m'attacher - enfin - aux personnages, même si la relation entre eux est parfois caricaturale presque à l'excès. Tout est d'ailleurs un peu poussé à l'extrême, pour marquer de forts contrastes, et ça marche - même si ça peut être un peu écœurant parfois.
Les esprits de famille étaient impressionnants par nature. Chaque arche, à une exception près, possédait le sien Puissants et immortels, ils étaient les racines du grand arbre généalogique universel, les parents communs à toutes les grandes lignées. (...) La religion et la théologie étaient un folklore désuet sur Anima, comme sur beaucoup d'arches où les esprits de famille incarnaient l'absolu à eux seuls.
Ce tome et le premier tome se passent l'un à la suite de l'autre exactement, donc je conseille - maintenant que la saga est finie - de lire ces deux-là l'un à la suite de l'autre si possible, pour ne rien en perdre. La fin du tome 2 fait toutefois une sorte de fracture, avant d'entamer la suite des aventures.
Il était bien capable d'attendre le matin des noces pour surgir devant l'autel, une pile de dossiers sous chaque bras.
Bonus : extraits 1, 2, 3, 4, 5

par Mrs.Krobb

La Passe-miroir, t.2 : Les disparus du Clairdelune de Christelle Dabos
Littérature franco-belge
Gallimard Jeunesse, octobre 2015
19 euros

lundi 13 janvier 2020

"Les fiancés de l'hiver" - Christelle Dabos

Au commencement, nous étions un.
Mais Dieu nous jugeait impropres à le satisfaire ainsi, alors Dieu s'est mis à nous diviser. Dieu s'amusait beaucoup avec nous, puis Dieu se lassait et nous oubliait. Dieu pouvait être si cruel dans son indifférence qu'il m'épouvantait. Dieu savait se montrer doux, aussi, et je l'ai aimé comme je n'ai jamais aimé personne.
Je crois que nous aurions tous pu vivre heureux en un sens, Dieu, moi et les autres, sans ce maudit bouquin. Il me répugnait. Je savais le lien qui me rattachait à lui de la plus écœurante des façons, mais cette horreur-là est venue plus tard, bien plus tard. Je n'ai pas compris tout de suite, j'étais trop ignorant.
J'aimais Dieu, oui, mais je détestais ce bouquin qu'il ouvrait pour un oui ou pour un non. Dieu, lui, ça l'amusait énormément. Quand Dieu était content, il écrivait. Quand Dieu était en colère, il écrivait. Et un jour, où Dieu se sentait de très mauvaise humeur, il a fait une énorme bêtise.
Dieu a brisé le monde en morceau.
Ce monde, une fois brisé en morceaux, donne différentes "arches", des sortes d'îles flottantes par-dessus une mer de nuages, chacune de ces arches étant gardée par un des rejetons de Dieu. Ophélie, l'héroïne du roman, est née sur Anima, l'arche d'Artemis, où les gens peuvent "lire" les objets avec leurs mains nues, remonter leur passé, leur histoire, ainsi que les émotions de leurs propriétaires. Ophélie sait aussi passer à travers les miroirs, et c'est d'ailleurs suite à un accident de parcours qu'elle est devenue si maladroite. Rien ne la passionne plus que son musée, et certainement pas les projets de mariage que complotent sa famille dans son dos. Jusqu'à être obligée de se fiancer à un étranger, et devoir tout abandonner, famille et musée, pour rejoindre une nouvelle arche : le Pôle. Et cette arche est bien fourbe pour les sens... car s'y trouvent, entre autres, les familles des Mirages (illusionnistes), la Toile (qui voit tout et sait tout), et les Dragons, dont est issu Thorn, sont futur mari, aux griffes mentales acérées.
Cette Hildegarde était une architecte étrangère. Elle venait d'une arche lointaine et peu connue, Arc-en-Terre, où les gens jouaient avec la spatialité comme avec un élastique. Ophélie avait fini par comprendre que ce n'étaient pas les illusions des Mirages qui déformaient les lois de la physique dans la Citacielle ; c'était le prodigieux pouvoir de la Mère Hildegarde. Si les chambres du Clairdelune étaient plus sûres que des coffres-forts, c'était parce que chaque tour de clef les enfermait dans un espace clos, c'est-à-dire coupé du reste du monde, absolument inviolable.
Un décor fascinant, des pouvoirs intrigants, et une histoire du monde bientôt oubliée, une mythologie surprenante... Il y a de quoi se laisser happer dans ce premier tome de tétralogie. Et pourtant, il aura fallu que je m'accroche au début pour ne pas abandonner. Malgré l'imagination débordante de l'autrice, j'ai trouvé en premier lieu l'écriture assez pauvre, les personnages creux et aux limites de l'antipathie pour ceux auxquels j'étais censée m'attacher (les autres étant carrément détestables) - bon, on peut dire aussi pour la défense de ce livre que je l'ai lu juste après avoir relu ma trilogie préférée du monde (que je chroniquerai plus tard), alors la barre était mise très haut. Ophélie est pourtant une héroïne à laquelle je me suis plu à m'identifier : maladroite, passionnée, misanthrope, talentueuse mais sans grand intérêt, avec beaucoup de traits presque autistiques. Mais elle manque, dans ce premier livre, vraiment d'une personnalité. Et c'est aussi ce qu'on voudrait d'elle : une jeune fille passive, oisive, obéissante, qui sache se faire oublier. Qu'elle soit un objet dont on dispose dans une ambiance rétrograde où son fiancé est aussi chaleureux qu'un bloc de glace et aussi transparent qu'un bloc de granit.
« Lire un objet, ça demande de s'oublier un peu pour laisser la place au passé d'un autre. Passer les miroirs, ça demande de s'affronter soi-même. Il faut des tripes, t'sais, pour se regarder droit dans les mirettes, se voir tel qu'on est, plonger dans son propre reflet. Ceux qui se voilent la face, ceux qui se mentent à eux-mêmes, ceux qui se voient mieux qu'ils sont, ils pourront jamais. »
Cependant, je recommanderai à celles et ceux qui auraient envie d'abandonner rapidement de tenir jusqu'à la fin du livre pour se faire un avis. À l'image de toute la série, le livre s'améliore de façon croissante, Ophélie s'affirme de plus en plus et l'histoire a vraiment de quoi intriguer. J'ai été à la fois conquise et horrifiée par ce monde d'hallucinations, ce décor en carton-pâte qui n'a absolument aucune âme, contrairement à l'arche des Animistes. Christelle Dabos a une grande aptitude à former des mondes, à les déformer, à les détruire, à créer de l'intrigue, à forger des personnes aux contours à la fois durs et flous, et pour le moment impénétrables, ainsi qu'à embrouiller les sens. On a envie de savoir qui se cache derrière ce Dieu destructeur, ce qui a pu se passer pour que le monde se transforme à ce point, ce qui se passe sur les autres arches. Et on a envie de savoir ce que contiennent ces Livres mystérieux que possèdent chacun des enfants de Dieu, immortels et amnésiques. Bref, beaucoup de potentiel, pas toujours égal, des choses qui ne se révèlent qu'au compte-goutte, mais à partir du dernier tiers je n'ai plus décroché jusqu'à la fin de la série.
On dit souvent des vieilles demeures qu'elles ont une âme. Sur Anima, l'arche où les objets prennent vie, les vieilles demeures ont surtout tendance à développer un épouvantable caractère. Le bâtiment des Archives familiales, par exemple, était continuellement de mauvaise humeur. Il passait ses journées à craquelet, à grincer, à fuir et à souffler pour exprimer son mécontentement. Il n'aimait pas les courants d'air qui faisaient claquer les portes mal fermées en été. Il n'aimait pas les pluies qui encrassaient sa gouttière en automne. Il n'aimait pas l'humidité qui infiltrait ses murs en hiver. Il n'aimait pas les mauvaises herbes qui revenaient envahir sa cour chaque printemps. Mais par-dessus tout, le bâtiment des Archives n'aimait pas les visiteurs qui ne respectaient pas les horaires d'ouverture.
Bonus : extraits 1, 2, 3, 4, 5, 6

par Mrs.Krobb

La Passe-miroir, t.1 : Les fiancés de l'hiver de Christelle Dabos
Littérature franco-belge
Gallimard Jeunesse, juin 2013
18 euros

mardi 17 septembre 2019

"Aristote et Dante découvrent les Secrets de l'Univers" - Benjamin Alire Sáenz

En fait, je n'avais aucune envie de traîner avec des mecs. Ils me mettaient mal à l'aise. Je ne sais pas pourquoi. Vraiment. Je crois que ça me gênait sérieusement d'être un mec. Et ça me déprimait de penser qu'en grandissant je pourrais devenir comme l'un de ces connards. Une fille, c'est comme un arbre ? Ouais, et un mec c'est aussi intelligent qu'un bout de bois mort infesté de termites. Ma mère aurait dit qu'ils traversent une phase. Qu'ils récupéreraient leurs cerveaux bientôt. Ouais, sûrement.
Aristote rencontre Dante l'été de ses quinze ans, alors qu'il n'a pas vraiment d'amis, qu'il se rend compte qu'il ne comprend pas les autres garçons, mais lorsqu'il tombe sur ce drôle de bonhomme, au nom aussi compliqué à porter que le sien, et que ce dernier lui redonne goût à la vie, c'est une belle histoire qui commence. Dante lui apprend à nager, lui partage ses lectures préférées, lui donne le goût de marcher pieds nus et d'avoir quelqu'un avec qui construire quelque chose de fort. Aristote, lui, lui offre la possibilité d'être soi, bizarre, hors normes, exalté, sensible et passionné. Les deux adolescents tentent de découvrir comment fonctionne le monde, ensemble, avec difficulté.
Pourquoi sourit-on ? Pourquoi rit-on ? Pourquoi se sent-on seul ? Pourquoi est-on triste ? Pourquoi lit-on de la poésie ? Pourquoi pleure-t-on devant un tableau ? Pourquoi l'amour nous fait-il perdre la tête ? Pourquoi a-t-on honte ? Qu'est-ce que le désir ?
L'auteur écrit en toute simplicité, sous la forme d'une sorte de journal intime, de pensées à vif, avec Aristote en narrateur. Son écriture est directe, spontanée, sans grandes enjambées, et c'est très fluide au final. On fait ou refait son adolescence avec les deux personnages principaux, et c'est à la fois doux et dur. Si le sujet du livre parait simpliste, en vérité il s'agit d'un livre plutôt intense, qui aborde les relations familiales, les origines (ici : mexicaines), la difficulté de vivre dans une famille où la souffrance devient silence, la prison, la guerre, la mort, la violence, la maladie, le travail, mais aussi et surtout la culture, l'art, les petits plaisirs, l'amitié, l'amour entre deux personnes de même sexe. Et tout ça prend aux tripes, c'est tellement sincère, vraiment, je veux dire : j'ai eu la boule à la gorge, au ventre, et aussi les papillons, un torrent d'émotions.
Il avait quinze ans. Il avait l'air un peu fragile, mais ne l'était pas. Il était discipliné, fort, cultivé, drôle et ne faisait pas semblant d'être idiot ou normal. Il n'était ni l'un ni l'autre.
Il était féroce aussi - enfin, il pouvait l'être - mais surtout, il n'y avait pas une once de méchanceté en lui. Je ne comprenais pas comment il pouvait vivre dans un monde aussi malveillant sans que ça ne déteigne sur lui. Dante était devenu un mystère de plus dans l'univers.
On m'avait déjà conseillé ce livre assez souvent, et comme je suis un panier percé, j'ai tendance à remettre à plus tard. Aujourd'hui, ce titre ressort grâce à Mx. Cordelia pour son bookclub de septembre, et je suis plus que ravie de découvrir cette merveille (de l'Univers). Comme pour Emma, sa cousine et moi, c'est le genre de livre qui me fait un peu sortir de mon "genre de lecture", et je ne peux qu'être à la fois ravie et surprise de la force avec laquelle ce roman m'a entraînée avec lui, jusqu'à veiller tard la nuit pour le terminer. J'ai eu énormément de tendresse pour Aristote et Dante, ainsi que pour leurs parents, j'ai eu tellement envie de les connaître. Je recommande donc très fort, autant pour les jeunes que pour les adultes. Soyez tendres, soyez fragiles, soyez sensibles, soyez amoureux•ses, soyez bizarres, on aime fort.
L'amour m'avait toujours semblé être quelque chose de trop lourd pour moi.
Bonus : extraits 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7

par Mrs.Krobb

Aristote et Dante découvrent les Secrets de l'Univers de Benjamin Alire Sáenz
Littérature américaine (traduction par Hélène Zilberait)
Pocket Jeunesse, août 2018
7,90 euros

jeudi 15 août 2019

"Emma, sa cousine et moi" - Lizzy Brynn

Ça m'a rappelé les jeux de piste qu'elle inventait pour Emma et moi quand on était plus jeunes. Elle construisait toujours des histoires incroyables autour des énigmes, tellement que si elle ne s'était pas lancée dans l'évènementiel, je l'aurais encouragée à devenir écrivaine. Chaque indice, chaque mystère, chaque carte au trésor... Je les conservais tous précieusement dans un classeur comme des pièces de musée.
C'est la fin de l'année au collège, tout le village prépare la fête de la Saint-Jean, et surtout la tante de Chloé (celle qui fait des jeux de piste). Chloé est la narratrice de l'histoire, sa meilleure amie est Emma, mais son meilleur confident reste son cheval, Ocasso. Et quand on a autant de questions en tête et qu'on fait de l'anxiété sociale, c'est plus facile. Son père travaille à l'hôpital, et c'est tant mieux car Chloé souffre du cœur - et pas uniquement parce que sa mère est partie depuis longtemps ou que sa petite sœur ne lui parle plus. 
J'ai grimacé. Emma avait le don d'organiser les choses au dernier moment, et elle savait très bien à quel point ça me fatiguait.
- Tu me jures de combler les silences, si je viens ?
- Mais oui, elle s'est agacée.
À l'occasion des vacances, la cousine d'Emma vient passer du temps chez elle, et celle-ci est toute contente de la présenter à Chloé. « Tu verras, elle est souvent dans son monde. Comme toi ! Vous devriez vous entendre. » Il s'avère que ce sera le cas : Chloé et Julie vont passer beaucoup de temps ensemble, dans une sorte d'alchimie parfaite, loin des ragots et des sermons sur les garçons qui seront présents à la fête...
Ce serait donc Jules Verne qui me tiendrait compagnie ce soir-là. « De la Terre à la Lune »... Est-ce que j'irais là-bas si j'en avais l'occasion ? Les questions y étaient peut-être plus légères, et on devait y prendre de belles photos. Je demanderais son avis à Julie quand on se verrait. D'après Emma, elle y passait déjà tout son temps. Comme moi. Quand je pense que la Lune est assez grande pour qu'on ne s'y soit jamais croisées avant...
C'est une belle histoire, sur la famille, l'amitié et les premiers amours, qui installe beaucoup de tendresse, de questionnements, un peu de rebondissement et une grande complicité. Il y est question aussi de séparation et de deuil, et ces thèmes sont abordés de façon toute simple, sans drame. Mais surtout, et c'est presque la raison d'être du roman : l'autrice y aborde une romance absolument adorable entre deux jeunes filles, ce qui en fait un très bon livre pour expliquer que « les amoureuses c'est pas que pour les garçons », mais aussi qu'on peut être attiré•e autant par les deux. Et puis, très important : la question du consentement.
Je devais avoir six ans quand j'avais commencé à conserver tout mon courrier, et avec le temps, j'avais développé un code couleur pour ne pas m'y perdre : une boîte violette pour les cartes postales, une jaune pour les cartes de voeux et une rouge pour les lettres et les mots comme celui de Julie. Il y avait une dernière boîte, la boîte bleue, cachée derrière les couettes et les vêtements d'hiver. Mais celle-ci, je n'avais plus aucune raison de l'ouvrir.
En dehors de ça, je trouve ça très important d'avoir un personnage principal handicapé non seulement par sa maladie, mais aussi par son anxiété sociale, et je la soupçonne également d'être autiste, grâce à quelques indices disséminés tout au long du livre - mais ça n'est jamais dit, il s'agit simplement de mon interprétation. On a donc une jeune fille un peu hors des normes, mais qui en est deux fois plus attachante, et c'est très réjouissant pour celleux qui pourront s'y identifier, d'autant plus que c'est une histoire très positive, malgré les difficultés.
Je haïssais ce moment, celui où je devais m'expliquer sur ma maladie et subir le regard des autres, celui où ils comprenaient que je n'étais pas tout à fait comme eux et s'en servaient comme prétexte pour me rabaisser. Sans parler de tous ceux qui m'accusaient de jouer la comédie... (...) À la surprise se succéderaient les questions sur ce que je pouvais faire ou ne pas faire, puis, au choix, la pitié ou les moqueries.
Le livre se lit plutôt vite, avec ses 140 pages, et se découpe en 15 chapitres (2 par jour à peu près, l'histoire se passant sur une semaine), plus un épilogue. L'écriture et l'interligne permettent une lecture très agréable, avec un super point bonus pour la couverture qui est toute douce, un peu comme le revers des moules en silicones qui rappellent les très nombreuses pâtisseries réalisées dans le livre. Et bien que je sois plutôt loin de ma zone de confort en terme de type de lecture, j'y ai plongé d'une traite, avec beaucoup d'amour pour les personnages, une boule dans la gorge à certains moments et un grand apaisement grâce au happy ending (oups, spoilers!). J'ai beaucoup aimé les références à Jules Verne, aux chasses au trésor et à la peluche dinosaure - mais pas que - et j'aurais vraiment vraiment adoré avoir ce livre entre les mains à mon adolescence. Dépêchez-vous de l'acquérir - que ce soit pour vos enfants en questionnement ou même pour les grands qui ont envie d'un peu de légèreté -, c'est un livre parfait pour passer l'été !
Lizzy Brynn, née dans la seconde moitié du XXe siècle à environ 7067 km de Zanzibar, se passionne pour l'art de la sieste dès son plus jeune âge. Elle aime les puzzles, les amoureuses, les crêpes au sucre et les petites languettes qui dépassent des compartiments à piles, c'est rigolo ça fait « shtong-shtong ». Si vous la croisez un jour dans la rue, ne paniquez pas : sa vision est basée sur le mouvement.
Bonus : retrouvez Lizzy Brynn sur Facebook pour les actualités du livre ou sur Twitter pour des jeux de mots de qualité + extraits 1, 2, 3

par Mrs.Krobb

Emma, sa cousine et moi de Lizzy Brynn
Littérature jeunesse française (à partir de 9 ans)
Donkey Junior, juin 2019
10,95 euros

jeudi 6 septembre 2018

"Coeur battant" - Axl Cendres

« Comme nous avons un petit nouveau parmi nous, et pour le mettre à l'aise, chacun va rappeler son prénom et la façon dont il a essayé de se suicider. »

Dans la clinique, il y a le groupe des Suicidants - ceux qui sont passé à l'acte. Parmi eux, Alex, qui vient d'arriver, qui a voulu arrêter son cœur de battre, parce que ça ne sert à rien de vivre si ceux qu'on aime finissent par mourir. Alice, nouvelle également, parce que pour elle c'est toujours l'hiver et que tous les hommes sont de potentiels violeurs. Victor, petit jeune moqué à cause de son poids. Colette, qui a déjà beaucoup vécu, et qui aurait voulu partir en même temps que son Lucien. Jacopo, millionnaire que tout emmerde. Reliés ensemble par leur envie d'en finir, ils décident de s'échapper de la clinique pour rejoindre le manoir de Jacopo et se jeter ensemble de la falaise.
Et merde, j'ai pensé. Parce que j'avais senti mon cœur battre. Ce foutu cœur que j'avais tout fait pour arrêter, il tapait vite et fort. Et j'ai compris ce que c'était : l'effet d'une réaction physiologique destinée à faire copuler deux individus d'une même espèce dans le but de se reproduire, ce truc que l'on appelle communément l'Amour. Je ne voulais pas de ça. 
Mais c'est sans compter le soutien qu'il s'apporteront mutuellement - puisqu'on ne peut pas vraiment compter sur ceux qui travaillent à la clinique - et les bons conseils qu'ils se donneront pour aller mieux. Malgré une volonté de se fermer à l'amour, à l'amitié et aux gens, principalement pour ne pas souffrir, il y a bien quelque flamme qui brûle encore dans leurs hivers respectifs. Surtout pour Alex, tombé amoureux d'Alice au premier instant.
« À chaque fois que ce type s'émerveille, j'ai envie de l'étrangler ! »
Alice, sourire en coin, lui a répondu :
« Quand tu as envie de l'étrangler, tu ne penses ni au passé ni à l'avenir : ça veut dire que c'est de la Pleine Conscience ! »
« Tu as raison. Je le lui dirai la prochaine fois ! »
« Je suis sûre qu'il va trouver ça merveilleux. »
Le suicide, la mort, la souffrance, la dépression... autant de sujets pas faciles à aborder, encore plus lorsqu'il s'agit d'en faire un roman pour adolescent•e•s. Mais le défi est relevé ici par Axl Cendres, d'une façon à la fois lucide, et dure, mais avec un vernis de douceur, de bienveillance et de soutien. Entre suicidaires, on se comprend, on ne se juge pas, on peut parler de sa douleur sans faire fuir les autres, on peut parler de solitude, de tristesse profonde, de blessures à vif.
« On dit que les hommes cruels sont inhumaines, on les compare aux animaux, mais aucun animal ne peut avoir de l'imagination dans la cruauté. La pire cruauté est humaine. »
Un road trip inhabituel, qui m'a fait penser au film The Road Within, composé de personnages assez hétéroclites, qui commence mal et qui finit bien. J'avais un peu peur au début et j'ai été agréablement surprise. D'ailleurs, ça m'a rappelé une nouvelle que j'avais écrite à mes quinze ans, et rien que pour ça on peut dire que ça m'a touchée personnellement. Un mélange de cynisme, de sarcasmes, d'humour, de poésie, d'aphorismes, de critique du milieu psychiatrique mais pas trop non plus, et surtout, une sorte de décomplexion autour du sujet de la folie, de la maladie mentale - malgré quelques stéréotypes.
« Les histoires de bonheur font chier tout le monde. »
Bonus : la playlist du livre + extraits 1, 2

par Mrs.Krobb

Coeur battant de Axl Cendres
Littérature française
Sarbacane, septembre 2018
15,50 euros

lundi 6 novembre 2017

"Un raccourci dans le temps" - Madeleine L'Engle

La famille Murry a perdu son père et mari, qui est parti pour une mission et dont les nouvelles n'arrivent plus. Sa femme, scientifique comme lui, est toute ébranlée quand une vieille dame s'invite un soir chez eux et leur parle de "compraction", un terme qu'elle et son mari connaissent bien pour avoir voulu le théoriser et l'expérimenter. Meg, l'ainée impulsive et soi-disant "légèrement retardée", et Charles Maxence, son jeune frère très en avance et un peu énigmatique, se retrouvent à suivre cette espèce de sorcière, accompagnés par un nouveau venu de leur école, lui-même marginal, dans une aventure qui les amènera jusqu'à leur père disparu, afin de combattre un Mal qui s'étend dans tout l'Univers.

Ce livre - qui est le premier tome d'une longue série, Kairos, qui se déroule sur deux générations - est un des rares qui ait été traduit de l'autrice, mal connue en France. Personnellement, ce n'est qu'avec la postface que j'ai réellement découvert le parcours et le contexte dans lequel a évolué Madeleine L'Engle. Celui-ci a été écrit au début des années 60 et a finalement très peu vieilli (jusqu'au bout j'ai cru qu'il s'agissait d'un livre récemment écrit), et l'on peut dire effectivement que c'est une très bonne introduction à un univers et des personnages qui méritaient d'être développés (pour un peu, disons que ça aurait pu être adapté par Terry Gilliam).

J'ai eu du mal à me plonger réellement dedans au début, trouvant l'écriture moyenne et les personnages débordant de clichés, sans subtilité. Toutes les intrigues sont rapidement dépassées avec une facilité du tonnerre, mais n'oublions pas non plus qu'il s'agit d'un livre qui s'adresse principalement à de jeunes lecteurs. Cela dit, au fur et à mesure que l'histoire s'étoffait un peu, je me suis prise d'intérêt pour ces "raccourcis dans le temps" et ces univers mystérieux. Je dois dire que pour un livre destiné à la jeunesse, c'est plutôt réussi en fin de compte, car il respecte des recettes bien précises qui fonctionnent généralement très bien : des personnages lambdas, marginaux, mal dans leur peau, qui se retrouvent à vivre des aventures incroyables qui vont les aider à développer leurs qualités et à devenir leurs propres héros, et bien sûr les trois bonnes fées / sorcières qui sont là pour veiller au grain.

J'imagine que la réédition est due à la sortie prochaine de l'adaptation cinématographique produite par Disney qui sortira sur les écrans en 2018, ce qui lui permettra de profiter d'une meilleure visibilité et, peut-être, de relancer Madeleine L'Engle dans l'univers littéraire français, elle dont la bibliographie est si fournie.

par Mrs.Krobb

Un raccourci dans le temps de Madeleine L'Engle
Littérature américaine (traduction par Anne Crichton)
Hachette, octobre 2017
15,90 euros

dimanche 8 novembre 2015

"Les Messagers des Vents" - Clelie Avit

Ici, tout tourne autour des quatre éléments primaires : l'air, la terre, l'eau, le feu. De chaque élément découle une énergie particulière, une force d'abord domptée puis utilisée de manière différente, mais aussi une communauté singulière, hors du commun, isolée du reste du monde et vivant autour d'une Tour. Ceux qui savent utiliser cette énergie sont des Mages, qui se divisent en plusieurs factions : messagers, bâtisseurs, guérisseurs, artistes, prophètes... Les quatre communautés se connaissent mais ne se côtoient pas. Jusqu'au jour où une prophétie annonce un terrible évènement, qui les mènera à leur perte. Sauf s'ils trouvent celle qui pourra les sauver.

L'histoire tourne d'abord autour de la communauté des Vents (de l'air), qui accueille les prétendantes qui seraient potentiellement celles dont parle la prophétie. On évolue donc dans ce milieu en intégrant petit à petit les systèmes, les coutumes, les obligations, les enseignements... Les protagonistes principaux sont tous relativement jeunes (fin d'adolescence, jeunes adultes), ce qui cible un lectorat à partir de 13 ans environ. L'écriture n'est pas très développée mais elle n'a pas non plus trop de lacunes, le texte est fluide et on rentre assez vite dedans, passé les premiers chapitres qui installent le décor rapidement et dans l'urgence. Il faut dire que l'histoire évolue vite et qu'il se passe beaucoup de choses déjà dans le premier livre, malgré quelques longueurs de temps en temps. On retrouve bien évidemment les schémas usuels des sagas destinées aux jeunes dans cette catégorie : magie - pouvoir - trahison - émergence de sentiments - combat du bien et du mal - voyage - apprentissage...

Il y a un vrai sens de la communauté, de l'utilisation de son potentiel et de l'entraide. Fort heureusement, les histoires de coeur ne sont pas le pilier central de ce premier tome, ce qui peut être rébarbatif à qui s'intéresse plus aux aventures en général. Je le conseille à ceux qui aiment se lancer dans des aventures à rallonge où les personnages sont attachants, où la parité homme / femme est respectée et où chacun a un rôle à jouer, ainsi qu'à ceux qui s'intéressent au fantastique. Je lis assez peu de livres de ce genre mais j'ai passé un bon moment.

par Mrs.Krobb

Les Messagers des Vents de Clelie Avit
Littérature française
Le Masque, novembre 2015
18 euros

mardi 9 décembre 2014

"Les derniers dinosaures" - Didier de Calan et Donatien Mary

Voici de quoi réjouir les nostalgiques des temps anciens, cette époque magique où la nature était encore intacte, éblouissante de variété et d'harmonie, où les dinosaures régnaient en Maîtres. Les plus grandes questions que l'Homme se pose depuis la découverte de l'existence de ces animaux incroyables reste en suspens : Que leur est-il arrivé ? Pourquoi ont-ils disparu ? Qui étaient-ils et comment vivaient-ils ?

C'est avec humour et absurdité, un peu à l'anglaise, qu'ils ont essayé de vous répondre dans ce très bel ouvrage, usant d'une rhétorique pseudo-scientifique et historique avec habilité. Sous couvert de la découverte d'un vieux manuscrit oublié d'un auteur méconnu, nous redécouvrons l'existence des macrosauriens, des dinosaures tout à fait mondains et érudits.

Combinez à ça une imagerie impeccable, de belles gravures sur bois aux couleurs éclatantes, montrant ces animaux sous un jour nouveau, bien apprêtés, à l'air ingénus et cocasses, joueurs et sensibles. Cet album est à mettre impérativement dans les mains de tous les amoureux des dinosaures, qu'ils soient tous jeunes ou en voie d'extinction, il pourra amuser et ravir toute la famille, et amener à se poser les bonnes questions, que ce soit sur ce vieux règne animal ou sur l'Homme et sa conception de la vie, de la société ou de la spiritualité, de l'évolution...



Vous pouvez en savourer les premières pages sur le site des éditions 2024, dont c'est la première publication ou si ce n'est pas déjà fait, lire mon article sur une autre de leur parution : Quasar contre Pulsar. Et un chouette aperçu de l'exposition autour de ce livre ici.

par Mrs.Krobb

Les derniers dinosaures de Didier de Calan (texte) et Donatien Mary (illustration)
Album français
Editions 2024, juin 2010
24,50 euros

jeudi 18 septembre 2014

"La gueule du loup" - Marion Brunet

Chaud ! Place ! Allez hop on dégage on fait de la place sur la table et on y pose GRACIEUSEMENT le dernier né de Marion Brunet (d'ailleurs chiche tu vas en librairie et tu demandes le dernier Brunet, comme un grand cru, ça se reconnaît DI-RECT).

Vous vous souvenez ? j'avais déjà eu le big crush pour Frangine. Bah La gueule du loup c'est encore meilleur. T'inquiètes l'ami j'm'en vais t'expliquer pourquoi sous peu. Si t'es paré pour t'en prendre plein les dents, que t'as soif d'aventure, et qu'en plus t'es au taquet des duos faits pour te marquer, tu sais c'qu'il t'reste à faire ce soir, demain, ce weekend, mais magne toi, t'as pas toute la vie devant toi !

Mathilde et Lou (COMME PAR HASARD) en sont à peine à l'obtention de leur bac  qu'elles se payent cash des petites vacances à Madagascar. Tranquille ? Pas tant que ça en fait, déjà parce que niveau tempérament ça commence à partir en vrille. Mathilde est plutôt du genre casse-cou, prête à bouffer des risques dès le petit dèj alors que Lou... Lou c'était plutôt des vacances au calme, le soleil, bronzer, un peu de tourisme, à l'aise quoi. Mais comme Lou kiffe Mathilde plus que tout elles se suivent et s'embarquent pour tout et n'importe quoi. La première scène est d'ailleurs riche de sens pour la suite de l'histoire, mais ça mon canard crois pas que je vais te le raconter, hinhin.

Au cours d'une escale, elles rencontrent un "tatoué" (COMME PAR HASARD²), blanc, qui fait peur. Pas peur dans le sens Goonies du terme. Non, le mec qui fout bien les chiasses et que t'as pas envie de croiser la nuit en pleine brousse. Pas trop rassurées les deux minettes vont se réfugier dans leur hôtel et entendre des pleurs, ceux d'une jeune fille dans la chambre d'à côté. Dualité entre Mathilde et Lou, est-ce qu'on y va ou pas ? oui forcément sinon ça n'aurait aucun sens. Elles vont découvrir Fanja, une jeune malgache prostituée maltraitée par... devinez qui ? (si t'as suivi c'est facile je t'ai un peu mâché le travail). Grosse prise de conscience, va falloir embarquer Fanja loin de là. Sauf que...

Voilà, c'est la partie la plus poignante de l'histoire, celle qui m'a fait monter l'adrénaline comme le taux de sucre dans un Coca. Parce que là ma prune, si t'es habitué aux chasses à l'homme t'as encore rien vu de comparable. On assiste non seulement à l'effroi des proies, à la cruauté du prédateur, aux souvenirs violents de Fanja et aux séances de torture qu'elle a subie. Le climat humide rajoute ce je ne sais quoi qui fait que. POW. La cannelle dans le chocolat chaud !

Mieux que dans Frangine, je trouve que la plume de Marion a su (et je l'ai déjà dit dans cet article là) cerner les limites entre l'âge adulte et l'adolescence, de ce cocon bien sécurisant qu'on a du mal à quitter et où des situations extrêmes nous pousse à vieillir plus vite qu'on le voudrait.

Bref, une tartine d'extase que je me suis précipité d'engloutir, et en plus si t'es bon observateur ch'te laisse découvrir la petite surprise qui m'a attendu au tout début du bouquin et qui m'a fait crépiter l'égo !

par Loubard

La gueule du loup, de Marion Brunet
Littérature française
Collection Exprim'
Sarbacane, août 2014
15.50 euros

jeudi 5 juin 2014

"Comme des images" - Clémentine Beauvais

Bon. C'est jamais facile d'admettre que PEUT-ÊTRE on se serait trompé en jugeant un bouquin un peu vite. D'ACCORD ça se passe au lycée Henrikatre, D'ACCORD on est loin des cités qui accouchent de belles histoires sur le bitume. Mais justement, c'est ça qui m'a plu.

Pourquoi ?

Bicause j'ai eu l'impression que Clémentine réglait ses comptes, avec tous ceux qui sont destinés à devenir l'élite française (enfin c'est ce qu'ils croient, alors chut laissez les dans leurs petites illusions), mais pas que. Elle n'a aucune pitié. Pour personne. Même si on pourrait penser que ... NON, je t'arrête tout de suite, tout le monde s'en prend plein la gueule. Jouissif mon gars, jouissif. On ne s'attache à aucun personnage et bizarrement c'est ce qui fait qu'on continue de lire le bouquin page après page jusqu'à ce que y'ait écrit FIN. En cadal, une fin royale à la conte de fées moderne qui tire le sourire parce que c'est magistralement bien tourné.

Léopoldine et Iseult (tu les vois les kaméos ?), jumelles. Alors forcément la gémellité... affinités, rivalités, vivre dans l'ombre de. STOP ! on s'en fout ! Léopoldine va surtout être victime d'un slut-shaming (si tu sais pas ce que c'est je te balance le petit lien encyclopédique wikiwikiwakwikikiwow) dans son lycée (Henri IV, si t’arrive en cours de route) et c'est sa besta qui raconte. Enfin besta vite yeuf, disons surtout la meuf qui traîne avec et qui lui sert de sopalin).

La plume de l'auteur ma gueule, tu l'imagines valsant entre le langage soutenu et une langue un peu plus orale, j'essaye de faire bien mais en gros un style à la Riad Sattouf dans Retour au collège en roman. Mais si tu sais, tu t'habilles en Zadig et Voltaire alors que t'as 15 piges et t'es pris d'une soudaine frénésie de refaire toutes les punchlines de La Haine (écrits par un Mathieu Kassovitz d'aujourd'hui, genre après Gothika).

On est loin de la complainte bête et conne qu'on a l'habitude de voir en rayons des meilleures librairies. J'ai vraiment trouvé ça intelligent. Y'a rien de manichéen dans le texte (toujours mettre le mot manichéen, ça fait genre tu sais des choses), pas "de gentils" ni de "méchants"...

Bon d'accord faut aller plus loin que la couverture (désolé Tibo). Juré. En lisant, j'ai pensé à Sofia Coppola (The Bling Ring et Virgin Suicides) à La naissance des pieuvres pour l'amitié ambigüe, ...

C'est pas mal déjà nan ?

par Loubard

Comme des images, de Clémentine Beauvais
Littérature Française
Collection Exprim'
Sarbacane, février 2014

jeudi 27 mars 2014

"Les enfants sauvages" - Louis Nowra

On imagine très bien la vieille dame, je veux dire la très vieille dame qui raconte l'histoire qu'elle a vécu quand elle avait sizans.

C'est une dame qui vivait dans le bush. Le bush est une sorte de jungle en Australie. Alors bien sûr on comprend pas vraiment ce que c'est un wombat, un wallaby, un dasyurus ni à quoi peut ressembler un tigre de Tasmanie.

La vieille dame s'appelle Hannah et quand elle était petite dans le bush elle avait qu'une seule amie qui vivait à plein de kilomètres alors elle l'a voyait pas souvent. Son père c'était un chasseur de baleine (parce que l'histoire elle s'est déroulée y'a longtemps longtemps, cherche pas t'étais pas né).

Un jour le père de sa copine doit partir acheter une calèche et demande aux parents d'Hannah si ils peuvent garder Becky en attendant. Alors les deux amies sont vraiment très contentes et les parents de Becky ils sont gentils. Ils emmènent les enfants en pique nique dans une barque près d'une grande rivière.

Mais une grosse tempête va tout niquer et foutre en l'air les parents d'Hannah. Becky elle a juste un an de plus qu'Hannah. Ca fait donc septans et sizans pour les filles qui se retrouvent abandonnées en pleine nature et qui est dangereuse. Elles vont être recueillies par des tigres et apprendre à vivre comme eux pour survivre.

Je te fais voir ce que c'est un tigre de Tasmanie parce que moi j'ai cru que ça ressemblait à Shere Kahn le tigre que Mowgli il a peur.





C'est cool hein ça ressemble presque à un loup ! Sauf que comme on est des connards fourrés à la merde bin on les a tous éradiqués et aujourd'hui ça existe plus comme espèce.

Dans le livre ils sont gentils, et bizarrement quand on lit leur comportement on se rend compte que nous finalement les humains on a encore beaucoup de choses de l'animal en nous. C'est ça qui m'a le plus frappé dans cette histoire. Peu importe la situation tout est une question de survie et de protection de ceux qu'on aime.

C'est un histoire triste et t'as intérêt à avoir un oreiller pour te plonger dedans quand tu sens ton cœur qui se serre très fort.

J'ai trouvé que ça ressemblait au Livre de la Jungle, sauf que c'est deux gonzesses et que du coup c'est carrément mieux. Ah et aussi à un moment tu verras ça ressemble aussi à Moby Dick. Parce que tu sais les baleines mon vieux elles font de l'ambre gris et moi je savais pas mais l'ambre gris qui échoue sur la plage, et ben les animaux ils les mangent et ils se défoncent avec. En mode chamanique un peu parce que tu chancelle et t'as des visions du passé et tu te bagarres avec tes démons. (j'aime trop comme mot, chanceler).

En soi l'histoire c'est du déjà lu, mais il y a quand même une certaine originalité et puis je le répète c'est quand même sacrément triste. Ca vous changera pas la vie mais c'est distrayant et quand tu te sens déjà un peu triste à cause des autres, aller faire un tour du côté des animaux ça ressource un brin.

Aouuuh. (ça veut dire tu peux y aller, c'est bonbonbon).

par Loubard

Les enfants sauvages, de Louis Nowra
Littérature anglophone (traduit de l'australien par Perrine Chambon et Arnaud Baignot)
Denöel, mars 2014
15.00 euros

jeudi 23 janvier 2014

"Mon plus grand combat" - Flo Jallier

Tara est une lionne, une impératrice. Une prédatrice qui ne se contente pas de bouffer ses proies, elle les examine. La faute aux documentaires animaliers qu'elle s'avale comme on avalerait des @smarties. La faute aux gants de boxe qu'elle a sur les pognes depuis qu'elle a sept ans. La faute à Mohamed Ali Cassius Clay.

Tara est un mur fait de béton, impénétrable. Elle est rigoureuse dans ses actes, elle n'a pas le temps de perdre son temps. Stop.
Parce qu'il y a aussi sa famille, ses amis, tous la soutienne, la vénère. Comme dans tout royaume le souverain se fait respecter par la force et la peur.

Pas le temps pour l'amour, peu de temps pour l'amitié. Seuls arrivent à s'incruster des rêves de gosse, des envies d'appartenir à une troupe de cirque, des souvenirs joyeux.

Aidé par une incroyable force mentale, Tara se prépare à remettre son titre en jeu en affrontant une guerrière redoutable. Malheureusement pour la reine, du KO au chaos il n'y a qu'un pas.

Voilà.

T'as vu ? Quand j'veux planter un décor sérieux pour t'ambiancer comme un boss, je trouve que je le fais super bien (et je sais que vous aussi, vous trouvez). Ce roman m'a happé. Genre j'étais sur le ring à me prendre des coups de partout, Flo Jallier me mettait les poings sur les i (trop faciiiiiiiiiiile celle là, comme la vanne du KO t'as vu ?), et j'ai gobé tout, de A jusqu'à Z. C'est pas tant la partie sur la prise de recul, le retour sur soi, l'accès à la paix par la spiritualité, tout ça... j'y connais rien. Par contre mon gars toute la partie "animale" du roman m'a niqué la vie sociale d'hier soir.

Ah et la fin, merde. J'étais dégoûté. T'en faisez pas j'vous gâcherai rien mais moi j'étais deg'. Oh et j'vous vois venir avec vos Naaaaaaaan ils ont fait un milionedolarbébi en livre pour adoooo ??? Petit un n'importe quoi parce que Million Dollar Baby déjà tu peux le voir quand t'es ado, t'es pas plus con qu'un adulte alors ramassez vos principes fondamentaux à la con et en plus, petit deux RIEN à VOIR.

T'façon ch'te laisse voir par toi-même, parce que je sais que tu me fais confiance, parce que jusque-là t'as déjà fourni ta bibiyothèque avec tout ce que j'ai critiqué ici. Et t'en as fait une deuxième avec tout ce que Mrs. Krobb elle a critiqué aussi.

+encore un roman Exprim' à rajouter sur vos étagères. M'est avis qu'ils doivent pas prendre beaucoup la poussière hein ouais ?

Solut les copains. J'vous uppercut d'amour.

par Loubard

Mon plus grand combat, de Flo Jallier
Littérature française
Collection Exprim'
Sarbacane, janvier 2014
14.90 euros

lundi 25 novembre 2013

"Roublard" - Terry Pratchett

Roublard est le nouveau héros de la street, le Roméo des temps anciens-modernes qui récolte les piécettes perdues et les roustes, et fait oublier son manque d'éducation par sa répartie et son sens de la débrouille. D'ombre silencieuse il passe tout à coup, après un accident malencontreux mais aussi une belle rencontre, pour un bienfaiteur et un garçon qu'on se dispute.

On est assez loin de l'humour anglais et (parfois) subtil des épiques épisodes de la saga du Disque-Monde, œuvre tout à fait décapante et génialissime qui a fait de Terry Pratchett un très grand dans le monde du fantastique, alors même qu'il le détourne et le retourne dans tous les coins, pour en faire un genre unique et drôle. (Ceci est un message subliminal pour vous inciter chaudement et prestement à vous aventurer dans la Huitième couleur si ça n'est pas déjà fait.) Cela dit, ce livre-là s'inscrit dans un autre registre, et se veut plus un récit adressé aux grands ados et aux adorateurs de Dickens. Mais on y est, dans cette vieille Angleterre qui sent les égouts et les rats (les animaux, et les autres), on foule le sol des égouts avec prudence et on patauge dans la boue aux côté de ce drôle de loubard qui fait rêver de liberté et qui n'a pas sa langue dans sa poche.

L'auteur n'a pas hésité à inviter à sa tablée plusieurs personnalités de l'époque, dont Sweeney Todd et son rasoir mythique, puis Charles Dickens bien évidemment, puisqu'on ne parle pas ici de clin d'oeil à Oliver Twist mais carrément d'une nouvelle vie pour l'orphelin des rues malmené. Ces messieurs-dames n'ont pas à s'inquiéter de se retourner dans leur tombe : c'est un très bel hommage.

Bref, merci à Loubard pour le bouquin !

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De rien chère Krobb, puisse l'aventure de Roublard, gentil gredin fouilleur de caca dans les égouts de Londres au XIXème siècle, t'être favorable. 

Car oui, Pratchett vieillissant, développe un certain goût pour le scato et parsème son histoire fleurie d'excréments de bourgeois et de légendes autour dudit étron. Même si on remarque l'éparpillement de Pratchett dans le fil de son aventure, on notera les croustillantes anecdotes vraies et/ou inventées, qu'on qualifiera d'historic fantasy pour reprendre ses mots. Ça faisait longtemps que j'avais pas ressenti cet engouement pour Noël, le côté Dickens y est véritablement pour quelque chose. On a des envies de chocolats chauds et de christmas carols digne d'Allô maman j'ai raté l'avion

Idéal pour ton copain fan de SF et fantasy qui sait pas quoi lire pour les fêtes de fin d'année, du pain des pisses au caca qui raviront tous les fans du créateur de Rincevent !

par Mrs.Krobb et Loubard

Roublard de Terry Pratchett
Littérature anglaise (traduction par Patrick Couton)
L'Atalante, octobre 2013
21 euros

mercredi 9 octobre 2013

"Sublutetia, le ventre de Londres" - Eric Senabre

Toujours deux, puis un troisième. Quand on kiffe une série, on attend la suite comme un poivrot son coq au vin. Juré, craché, si vous connaissez pas encore la série des Sublutetia (La révolte de Hutan et le dernier secret de Maître Houdin), c'est le moment de s'y coller.

Passé le premier tome qui gagne sa place en néo Jules Verne façon steampunk pour gosses, on s'délecte du deuxième qui nous en fout plein la tronche niveau illusionnisme et secrets de Paris.

Ce troisième tome quant à lui fait l'effet d'une petite bombe hyper bien lâchée par ... Les Monthy Pythons ! Car oui m'sieurs-dames, cette fois-ci (pour ceux qui suivent) Keren et Nathan migrent direction Londres pour sauver le petit frère de Nathan, découvrir l'équivalent british de Sublutetia, faire du ouija avec Conan Doyle (si si t'as bien lu) et jouer au cricket avec Jimmy Page (d'ailleurs pour ceux qu'ont des lacunes au cricket, rien que pour ça tu lis le bouquin et t'es cap de monter une équipe juste après).

(Eric, si t'as besoin d'un joueur un jour ....).

Vous vous rendrez compte vous-même du pourquoi des Monthy Python j'vais pas vous mâcher l'plaisir, j'vous met juste sur la piste d'un certain ... lapin qui saura vous surprendre.

En plus de ça, l'auteur nous explique (oublie les anecdotes reloues des gens qui vont habituellement à Londres, celles là elles vont te permettre de briller en society), notamment sur un cimetière dont je tairais le nom pour vous donner encore plus envie de lire l'histoire.

Trilogie terminée, c'est avec une putain de joie que j'ai accueilli les deux derniers tomes. On sent l'évolution de l'écriture qui aboutit à du vrai fantastique comme on l'aime et qui donne envie de partir à l'aventure dès que le réveil sonne.

Chef Senabre, nickel !

En bonus un combo de malade : si t'as pas encore lu cette saga qui roxe, que tu raffoles de chouquettes et que t'as envie d'avoir un bel autographe sur chaque tome, tu peux venir ramener ta bouille à L'Ouvre-Boîte dans le 10e arrondissement pour rencontrer Eric (et t'faire conseiller par les meilleurs libraires de Paris du monde).

En bonus au carré, Sublutetia LE BLOG

Salegossement votre,
moi.

par Loubard

Sublutetia, le ventre de Londres, d'Eric Senabre
Littérature française
Didier jeunesse, octobre 2013
14.20 euros





mercredi 25 septembre 2013

"Je suis sa fille" - Benoît Minville

Popopopoooo d'puis le temps que j'attendais ce putain d'roman qui promettait du gros lourd JE L'AI ENFIN ENGLOUTI façon Do Mac thérapeutique après la cuite d'un samedi soir.

C'est parti, j'me lâche et de Dieu, ça fait du bien ! J'sors les flingues histoire d'accompagner Joan (la meuf qu'est le héros du bouquin, j't'explique), Hugo (son besto) et d'autres personnages tous plus oufs les uns que les autres (un frangin portugais rockab', un routier qui s'appelle Michel, un paternel nounours hardrocker qu'a du cœur, une minette devenue maman avant d'être en âge de faire sa journée d'appel,...).

L'auteur (Benoît) c'est le grand frère de tout ce beau monde, obligé c'est lui tous les bonhommes de l'histoire parce qu'ils sont tellement rigolos, tellement calqués et décalqués qu'il les aime d'un amour que tu peux pas test.

 Ce roman COCOTTE l'Amitié, l'amour qui prend pas les gens pour des cons, mais qui te fait sourire comme un teubé -sûr à un moment tu vas ravaler ta bouloche qu'est apparue dans ta gorge et dire à ta coloc que tout va bien c'est juste que t'as pécho la crève des yeux ce ouikend-.

Bon l'histoire en fait c'est un peu comme dans Louise Michel (le film, pas la meuf sinon ce serait dégueulasse en plus elle est morte, redescend un peu). Une histoire de vengeance suite à un sacré brol (ça veut dire bazar en belge, en plus je t'apprends des trucs) qui fait que le père de Joan il est dans la dèche et il craque en braquant une banque et BOUM, il se fait blesser par un flic direction coma.

Sa fille décide d'exploser la tête du grand patron de son papa, normal. Ce sale bâtard qui mène la vie facile habitant à Nice, Joan et Hugo chourravent la caisse du frangin de ce dernier et se tapent un vrai road trip depuis Paris, donnant à la N7 des allures chanmé façon Groland, que même la route 66 elle serait grave jalouse.

Pour les références on a donc Louise Michel, et puis va savoir pourquoi, ça m'a rappelé le dernier Despentes que j'ai lu, Apocalypse Bébé. Pour le côté ado qui se rebelle vraiment contre les injustices sociales. Des gosses prêts à tout pour rendre leurs comptes à la vie sans se prendre au sérieux (s'insurger contre le conformisme tout en brandissant un iPhone et profiter de la carte de crédit du frangin d'Hugo,...).

J'vous rassure, la comparaison s'arrête là et puis au moins Benoît planque pas une bombe dans la culotte de Joan pour que tout le monde explose et meure à la fin (voilà je t'ai niqué le final du dernier Despentes, t'as le droit de me haïr).

Encore une fois, la bande son du bouquin devrait faire partie de ta prochaine playlist iTunes. Y'a même des titres que j'avais pu en stock que j'ai été rechoppé fissa tellement ça fait du bien aux oreilles. Benoît agrémente (ouais je sais des fois j'aime bien causer propre) son livre de références cinématographiques, littéraires et musicales. Ami adepte des clins d’œils délecte toi : Retour vers le Futur, Die Hard, Le Roi Lion,... En gros si t'es né entre 85 et 85 tu risques de grave prendre ton pied (et si t'es né un peu avant ou un peu après, c'est pareil).

Clairement, si tu veux rire, si tu veux être jaloux de cette bande de zouaves défoncés à l'adrénaline et ayant tout à vivre. Si tu veux chialer (un peu seulement faut pas déconner, wow), si t'es à court de vannes à deux balles ou de métaphores que même le Jamel Comedy Club a pas été cap de trouver, JETTE TOI sur cette histoire. Fais moi plaisir ! C'est un peu comme si Lemmy racontait une histoire d'amour à sa façon, mais en dix fois mieux (+1).

It's not only rock'n'roll baby ! And the only book you need is ...

par Loubard

Je suis sa fille, de Benoît Minville
Littérature française
Collextion Exprim'
Sarbacane, septembre 2013
14.90 euros



mercredi 10 juillet 2013

"50 cents" - Thomas Carreras

Publier un roman sur la vie de Curtis Jackson alors qu'on écoute Mambo n°5 est un pari plus que risqué. Heureusement qu'ici, on s'en cogne complètement de la star du rap US, sortie sans parapluie un soir où il pleuvait du plomb. Allons y franchement même, on s'en balek´.

Toi ! Petite sphère qui erre sur Le Combat Oculaire à la recherche d'un bon bouquin à lire je t'en conjure, n'oublie pas (retiens le putain...) le nom de Thomas Carreras !

Outre le fait qu'il ait un humour à t'exploser les zygomatiques (et dont tu veux partager les blagues avec les gens qui vivent avec toi, mais que t'arrives pas à faire rire parce que putain ils comprennent vraiment queutchi au truc), ce jeune prodige (incline toi, 19 ans le gars) est un petit génie qui pourrait sortir du même utérus que l'auteur anonyme du Livre sans nom. D'ailleurs quitte à avoir quelqu'un qui existe en face de soi, optez pour Thomas il est hyper attachant, il le sera encore plus après quelques verres de gros rouge qui tâche (le verre, les habits, la langue).

En parlant de tâche on peut directement enchaîner sur l'histoire du livre qui à mon avis doit coûter cher en lessive qui lave plus blanc que blanc. Trois massacres gigantesques en 342 pages plus un petit pour se faire plaisir, de quoi foutre ce trou du cul de Bourbon Kid à la retraite. 

Des gangsters mexicains, un chef de guerre africain bouffeur de mains fanatique de la machette, une putain de rouquine aussi succulente que dangereuse, un mafieux russe, des flics rastas, ... Je suis obligé de m'arrêter là, les personnages sont tous plus charismatiques les uns que les autres (mention spéciale au moustachu démembreur-danseur, merci Thomas).

Un objet magique (les putains de 50 cents) qui permet à celui qui le détient d'avoir le cul bordé de nouilles. Du coup surenchère des protagonistes qui cherchent tous à récupérer la pièce et qui vont se massacrer à tour de rôle. 

Ajoutez à ça une bande son plus qu'improbable, on nage en plein délire d'action sauce 90´s. Dans un San Francisco qui faisait fureur dans les séries télévisées du samedi après midi sur TF1. Quelques guest (ou comment se foutre un fan de Clint Eastwood dans la poche).

Banco ! Cul troué mon gars, je voulais du violent qui gicle de partout après mes égarements sentimentaux j'ai été royalement servi. Le premier qui lit pas ce bouquin je lui cause plus d'facon et comme je suis super classe comme gars ça serait chiant pour vous de plus pouvoir me côtoyer.

Pour faire simple 50 cents c'est la Ben & Jerry's sur la pizza de chez Speed Rabbit, la boulette d'Afghan tombée dans le fond de ton canapé et que tu retrouves quand tout va mal, le sopalin à proximité de tes chiottes quand t'as plus de PQ. (Je vous teste un peux bicause dans le roman tu vas en bouffer de la métaphore, accroche toi bien, genre Marty Mc Fly dans sa DeLorean tu vois ?).

On est d'accord quitte à foutre 16 balles dans du boumboum autant le faire pour ce bouquin plutôt qu'un foutu nanard, en plus après tu peux le prêter à tes potes (et comme ça ils comprendront pourquoi t'explose de rire comme un guignol à 8h du matin).

Mec, t'arrives dans mon top 5 de chez Sarbac' (je ferme ma gueule pour la liste complète j'ai pas envie de faire des envieux), ponds nous la suite très vite qu'on puisse se remettre une quille et braver la nuit parisienne!

BONUS PROMOTIONNEL POUR L'AUTEUR (ouais j'ai kiffé ce gosse kessta t'as un problème ?)

www.thomascarreras.fr

Tu comprendras encore plus d'où viennent ses délires, l'univers du bouquin, les personnages, tout ça tout ça. Roule ma gueule, aux dernières nouvelles le plaisir de lire un livre c'est pas encore trop reuch.

par Loubard

50 cents, de Thomas Carreras
Littérature française
Collection Exprim'
Sarbacane, avril 2013
16.00 euros

dimanche 9 juin 2013

"Du Bonheur à l'envers" - Paul Ruter

Le "bonheur à l'envers", c'est par exemple quand des parents ne sont plus amoureux et se fâchent tout le temps, c'est quand on peut profiter de l'argent de ses parents mais pas de leur compassion, quand un petit garçon très beau et futé se fait ronger par une maladie grave, bref : c'est le retour de bâton. C'est aussi vouloir s'amuser, mais ne pas pouvoir à cause des normes de la société. Voilà ce que peut constater Victor, pendant sa dernière année avant de rentrer au collège. Sa vision du monde, encore un peu floue et criblée de trous, dépend notamment de ses parents qui travaillent tous les deux dans le social mais qui n'arrivent pas à s'en sortir avec leur propre famille. Et c'est vrai, c'est pas évident quand on a à la charge une tante autiste et un oncle mythomane excentrique, et que son père se retrouve bientôt au chômage. Et c'est d'autant plus difficile quand on n'arrive pas à apprendre le piano et qu'on se retrouve à jouer dans la pièce de fin d'année dans le rôle d'un.. buisson.

Tout dans cette histoire regorge d'originalité, des personnages très caractéristiques aux situations loufoques. On n'aurait pas de mal à se croire un petit peu dans l'univers de Roald Dahl, sans le côté fantastique, avec ce petit gamin un peu perdu qui ne peut compter que sur des gens qui le poussent à aller dans une direction autre que celle qui lui est dictée par son entourage. Ici, on apprend à profiter de la vie et à sécher les cours pour apprendre les échecs à la russe.

Sans verser ni dans la fausse naïveté ni dans trop de clichés, Paul Ruter aborde des problèmes de la jeunesse et aussi ceux des adultes, avec le ton qu'il faut. Espiègle et poétique, parfois radical et parfois plein d'humour, il sert une histoire haute en couleur et bien écrite. Cerise sur le gateau : Anne Montel, qui a dessiné l'illustration de couverture, a un univers très proche de celui décrit dans ce livre, ce qui donnerait presque envie de voir encore plus d'images, à l'intérieur. Comme quoi, on ne grandit jamais vraiment... Alors merci à Didier Jeunesse encore une fois !

par Mrs.Krobb

Du Bonheur à l'envers de Paul Ruter
Littérature jeunesse
Didier Jeunesse, mai 2013
14,20 euros

jeudi 30 mai 2013

"Les dinosaures de l'espace" - Pranas T. Naujokaitis

Il y a de quoi être tout foufou quand on reçoit dans sa boîte aux lettres un nouveau livre avec des bouts de dinosaures dedans, c'est encore meilleur que le jambon dans la pub Herta qui soigne les bobos aux genoux. Maman dira peut-être encore : "Quand est-ce que tu vas grandir ?", et moi j'ajoute un trésor à ma collection de rêves de (grand) enfant. Et puis ça change des vrais livres sur les dinosaures dont je vous parlerai pas trop ici à moins que vous aussi, vous trouviez que la section jurassique du musée des sciences naturelles soit le plus bel endroit sur la terre ou presque.

Bref, pour ceux qui ont suivi : il est question de dinosaures. Et ça, c'est un chouette sujet, c'est un peu comme les pirates et les cowboys aujourd'hui, comme ça existe plus trop, ou plus comme dans les livres, ça continuera de fasciner ad vitam eternam. C'est chouette parce que ça insuffle un air de liberté, ce sont des héros qui ont fait régner leur loi, des intouchables au sex-appeal démesuré. Donc, vous pouvez y aller, déjà, il y a peu d'enfants qui n'aiment pas les dinosaures ou qui ne se posent pas de questions là-dessus.

Et là, pouf ! On découvre que ces grands malins n'ont pas vraiment disparu, mais qu'ils ont juste décidé d'aller voir ailleurs, sur d'autres planètes, et de devenir... les pirates dinosaures de l'espace ! Il y a aussi un truc un peu nouveau. Les dinosaures savent parler et ont les mêmes soucis que les humains, finalement. D'abord, il y a la guerre entre les végétariens et les carnivores, qui se résoud par un hamburger-salade, et c'est là qu'on apprend : la tolérence et l'ouverture d'esprit. Etc, etc... En gros, une petite bédé pédagogique qui apprend à être quelqu'un de bien (comme les toltèques), mais avec des dinosaures marrants et mignons (pour que ça soit un peu pour les garçons et un peu pour les filles), qui font souvent des blagues et qui s'y connaissent en astrologie.

Pour une nouvelle collection, c'est un super bon début. On sent bien que c'est du made in USA, c'est funky mais quand même intelligent, avec des chouettes dessins vivants et colorés, sautillant de page en page jusqu'à ce que ce soit la fin... mais pas des dinosaures, hein ?



par Mrs.Krobb

Les dinosaures de l'espace de Pranas T. Naujokaitis
Bande-dessinée jeunesse
Didier Jeunesse, mai 2013
9 euros