dimanche 15 janvier 2017

"Foutez-vous la paix !" - Fabrice Midal


Je ne connaissais pas Fabrice Midal avant de recevoir ce livre grâce à Babelio et Flammarion, et je dois dire que c'est une belle synchronicité de découvrir le fondateur de l'Ecole occidentale de méditation juste maintenant. Il dirige également deux collections chez Belfond et Pocket prônant l'ouverture d'esprit et l'évolution.

Ce livre-là sera d'un énorme secours à tous les occidentaux laïques qui souhaitent commencer à méditer et à pratiquer le mindfulness, dont l'équivalent en français serait la pleine présence (ou attention) plutôt que la pleine conscience. D'ailleurs, l'auteur explique très bien la différence et rétablit de l'ordre dans beaucoup d'expressions utilisées à mauvais escient et de concepts nés d'une autre culture qui ont du mal à s'appliquer dans la nôtre. Partant du fait que la méditation provient essentiellement des orientaux qui ont une spiritualité et un mode de vie très éloignés des nôtres, et admettant que l'exercice qui fonctionne très bien pour une personne n'est pas forcément bien compris ou adapté à une autre personne, l'idée principale du livre est : abandonnez tout ce que vous croyez savoir sur la méditation, la conscience et la spiritualité, et allez vers la simplicité la plus absolue.

Que l'on soit dans une démarche spirituelle ou que l'on ait tout simplement envie de vivre mieux, l'important est d'arrêter d'être aussi tyrannique avec nous-mêmes et de nous imposer des standards, des modèles, des règles et des processus qui nous font plus de mal que de bien. Mais nous ne sommes pas les seuls fautifs, car l'éducation et les standards imposés par la société nous ont formé à ça. Nous sommes notre pire ennemi, la plupart du temps, quand nous devrions au contraire être notre meilleur ami, bienveillant comme une mère, innocent comme un enfant. Réapprendre à être soi-même, à s'accepter dans toutes ses facettes, à être vulnérable, à mettre en valeur son intelligence, sa force, sa sensibilité : voilà le parcours premier avant de s'engager plus loin à vouloir être plus, mieux, comme les autres, comme le Bouddha ou le Christ.

Voilà une façon de voir les choses qui renverse un peu les schémas habituels des exercices de méditation, qui tente de déculpabiliser tous ceux qui n'y arrivent pas, et qui va à l'essentiel, sans faire trop de détours, en utilisant la vie quotidienne comme exemple plutôt que la vie spirituelle parfois trop abstraite. D'ailleurs, cela va plus loin que la méditation, puisqu'il s'agit avant tout d'être, de vivre, d'agir, de laisser faire...

Bref : Osez ! Et foutez-vous la paix.

par Mrs.Krobb

Foutez-vous la paix ! (et commencez à vivre) de Fabrice Midal
Essai français
Flammarion (Versilio), janvier 2017
16,90 euros

mercredi 11 janvier 2017

"Haute fidélité" - Nick Hornby

De quel genre de haute fidélité sera-t-il question dans ce roman ? De matériel hi-fi, de musique, de disques, de chansons ? Ou bien d'histoires d'amour, de relations, d'adultère, de ruptures, de flirts ? Eh bien, des deux. Quasiment que de ça, d'ailleurs. De ça et de la crise de la trentaine, bientôt quarantaine, du manque d'ambition, d'optimisme, d'espoir dans l'avenir...

L'histoire se déroule principalement à Londres dans un magasin de disques, elle est racontée par Rob, trente-cinq ans, qui vient de se faire larguer par sa compagne, Laura, et pour qui le monde s'effondre, mais pas assez pour que ce soit foncièrement dramatique et qu'il décide de se reprendre en main. Non, pour lui, c'est seulement un passage obligatoire, le but ultime de toute relation, juste un chapitre qui se clôt sans qu'il ne puisse jamais tout à fait s'en défaire. D'ailleurs, le livre commence par une récapitulation de toutes ses foirades amoureuses depuis ses douze ans. De tout ce qui l'a poussé à faire ce boulot, à être ce genre de mec, à ne plus s'attacher à aucune personne, à n'avoir aucun élan d'enthousiasme.

Somme toute, c'est un livre tout ce qu'il y a de plus banal, sûrement l'histoire de la vie de plein d'hommes de trente-cinq ans qui se demandent encore ce qu'ils ont fait aux femmes pour que ça ne marche jamais, tout en sachant que c'est quand même principalement dû au fait que beaucoup d'entre eux ne savent pas se comporter correctement. Un peu dur à avaler pour toutes les femmes qui liront ce livre et qui sont un tant soit peu touchées par la grâce du féminisme, mais peut-être n'est-ce qu'un étalage de caricatures et de lamentations exagérées pour justement mettre le doigt où ça fait mal. Peut-être.
Vous voyez, les disques m'ont aidé à tomber amoureux, pas de doute là-dessus. J'entends un truc nouveau, avec une modulation qui me tord les tripes, et avant de dire ouf je cherche quelqu'un, et avant de dire ouf je l'ai trouvée. Je suis tombé amoureux de Rosie-la-femme-de-l'orgasme-simultané juste après être tombé amoureux d'une chanson des Cowboys Junkies : je la passais, la repassais, la repassais, elle me rendait rêveur, j'avais donc besoin de rêver de quelqu'un, et puis je l'ai trouvée, et puis... les ennuis ont commencé.
Mais l'intérêt principal du livre, c'est peut-être bien ce parallèle musical, ces listes des meilleurs albums - ou bien des pires, toutes ces compiles, ces CD rares, ces playlists pour quand on tombe amoureux et celles de quand on se fait jeter. Les listes des meilleurs films. Des meilleurs épisodes de séries. Bref, un concentré de pop culture vacillant entre les années 50 et les années 90, globalement, de bonnes références si l'on en croit l'auteur. En tout cas, cela donne drôlement envie de s'arrêter à chaque fois pour s'intéresser aux titres et mettre la musique à fond.
Numéro un : Let's get it on de Marvin Gaye. Numéro deux : This is the house that Jack built, Aretha Franklin. Numéro trois : Back in the USA, Chuck Berry. Numéro quatre : White man in Hammersmith Palais, des Clash. Et le dernier, last but not least, ha ha, So tired of being alone, d'Al Green.
Et, qu'on se le dise, c'est - malgré le côté largement pathétique - vraiment un roman assez drôle, plutôt bien écrit et honnête. A faire lire à ses ex, ses présent(e)s et ses futur(e)s si on a un message à faire passer. Ou à ceux qui aiment la musique.

par Mrs.Krobb

Haute fidélité de Nick Hornby
Littérature anglaise (traduction par Gilles Lergen)
10/18, avril 99
7,50 euros

dimanche 8 janvier 2017

"Alien Triste" - Pedro Mancini

J'ai reçu cette bande dessinée grâce à Babelio, et ça a été une découverte totale, puisque je ne connaissais ni l'illustrateur, ni l'éditeur. Je trouvais que la couverture était chouette, et j'aime généralement bien le genre "alien triste" - peut-être parce que ça me parle souvent.

Donc, il s'agit d'une sorte de biographie assez terre à terre mais légèrement romancée et métaphorique, où l'auteur, Pedro Mancini, se met en scène sous la forme d'un alien humanoïde - Luis - avec une tête-tentacule à plusieurs yeux globuleux, remuant comme une Jell-O un peu datée. Bien apprêté, en costume bien repassé, le contraste est saisissant. Des scènes de trois cases, tout au long de la bande dessinée, tentent de résumer la vie quotidienne de Luis, de manière redondante - parfois un peu trop - mais avec toujours une pointe d'humour - noir ou jaune, c'est selon. Entre les galères financières d'être un illustrateur, la difficulté à être reconnu, le manque de variété dans les activités et l'asociabilité, beaucoup se retrouveront peut-être, sûrement. Surtout les fans de Moebius et Burroughs, voire de Flaming Lips.



Initialement publiées sur internet, les scènettes fonctionnent à mon avis mieux si on ne les lit pas toutes d'un coup, au risque de trouver la chose trop répétitive et finalement assez peu variée. En revanche, le trait est impeccable, noir sur blanc, bien tracé, et l'univers légèrement extraterrestre aurait mérité de trouver un peu plus sa place pour rajouter un peu d'étrangeté dans le quotidien trop plat. L'ambiance, dépressive à cent pour cent, est rattrapée par un peu d'humour, sans pour autant réussir à donner vraiment le sourire. Mais ceux pour qui le dessin, le fanzine, la bande dessinée sont le gagne-pain, ce sera une bonne occasion de revoir tout ce qui foire et tout ce qui vaut le coup dans ce milieu-là.

Vous trouverez en fin de l'ouvrage une petite postface de l'éditrice et une courte biographie de l'auteur pour compléter la lecture de quelques informations.

par Mrs.Krobb

Alien Triste de Pedro Mancini
Bande dessinée argentine (traduction par Cécile Ramirez)
Insula, septembre 2016
17 euros

lundi 2 janvier 2017

"Ubik" - Philip K. Dick

Nous sommes dans le futur. Les objets domestiques tels que les frigos, les cafetières, les portes, etc. n'acceptent de fonctionner que moyennant menue monnaie. Vous pouvez vous faire congeler à votre mort pour rester en contact avec vos proches. La plus grande peur des gens est de se faire manipuler et espionner par d'autres personnes possédant des capacités "psi" (médiumnité, télépathie...) - mais fort heureusement, il existe une société qui propose des services anti-psi. Moyennant grasse monnaie. Runciter, le patron de cette grosse entreprise, traverse cependant des difficultés à anéantir ses adversaires, mais il semblerait que le contrat qu'on vient de lui proposer soit la clé pour résoudre ses problèmes. Il s'embarque donc sur la Lune, avec une équipe de neutraliseurs - mais fort malheureusement, cela s'avèrera fatal. A tout point de vue.
C'était peut-être la vérification assez épouvantable d'une ancienne philosophie mise au rancart, la théorie des idées chez Platon, des archétypes qui, pour chaque catégorie d'objets, sont la seule réalité. La forme réception TV avait été une identité imposée succédant à d'autres identités qui se suivaient en chaîne, comme une procession de silhouettes dans une photo montrant la décomposition du mouvement. Les formes premières, songea-t-il, doivent continuer une vie invisible et résiduelle à l'intérieur de chaque objet. Le passé est latent, il est submergé mais toujours là, capable de remonter à la surface si les identifications ultérieures, par malheur et contrairement à l'expérience naturelle, disparaissent. L'homme contient, non pas l'enfant, mais tous les autres hommes antérieurs, pensa-t-il. L'histoire a commencé il y a bien longtemps. 
Un des meilleurs, si ce n'est le plus grand roman de Philip K. Dick : son chef d'oeuvre incontestable. Quoique, j'en jugerai définitivement une fois que je les aurais tous lus. Je pensais en avoir tellement appris sur ce livre avant même de le lire qu'il en aurait perdu de son mystère, et pourtant il a réussi à me surprendre et à me bousculer jusqu'aux tréfonds. L'histoire est très bien ficelée, vraiment très prenante et se termine de façon totalement dickienne - à savoir que la fin n'est jamais qu'une mise en abyme de fins possibles, ou un retour au début, formant un Ouroboros infernal. On se retrouve dans un contexte cauchemardesque qui est très proche de celui du Dieu venu du Centaure ou encore de Au bout du labyrinthe. Une perception de la réalité subjective comme on en retrouve plein dans l'Oeil dans le ciel. Une entropie très proche de celle de A rebrousse-temps et un glissement de temps qui rappelle Le temps désarticulé. Pour finir, une dualité universelle de la même veine que celle des Pantins cosmiques.

Je suis Ubik.
Avant que l'univers soit, je suis.
J'ai fait les soleils.
J'ai fait les mondes.
J'ai créé les êtres vivants et les lieux qu'ils habitent ;
je les y ai transportés, je les y ai placés.
Ils vont où je veux, ils font ce que je dis.
Je suis le mot et mon nom n'est jamais prononcé, le nom qui n'est connu de personne.
Je suis appelé Ubik, mais ce n'est pas mon nom.
Je suis.
Je serai toujours.  

Dès le début, avec l'arrivée de la jeune Pat aux pouvoirs paranormaux, l'auteur nous fait glisser dans un cauchemar de réalités parallèles et nous fait entrevoir ce qui arrivera par la suite dans tout le roman. Avec une main de maître, il génère le chaos absolu où rien n'est vrai, tout est permis. Seuls se démarqueront quelques messages subliminaux vous permettant - peut-être - de vous raccrocher à la réalité. Mais laquelle ?

Sautez dans l'urinoir pour y chercher de l'or.
Je suis vivant et vous êtes morts.

Dans ce livre, Philip K. Dick a très bien su gérer l'environnement, les personnages, l'action et l'intrigue, avec une écriture plus développée et des passages vraiment drôles ou horrifiques. Le rythme est très bien soutenu et le point de mire arrive très vite, sans que l'histoire ne s'essouffle jamais : une course contre la montre, contre la mort, contre la raison, contre l'entropie, contre une entité toute-puissante dont on ne sait jamais trop si elle est divine ou démoniaque jusqu'à la fin.

Découvrez la nouvelle sauce salade Ubik, un délice pour le palais.
Ni italienne ni française : une saveur entièrement inédite et différente.
Comme les gourmets du monde entier, sorte de votre routine en essayant Ubik !
Sans danger si l'on se conforme au mode d'emploi. 


par Mrs.Krobb

Ubik de Philip K. Dick
Littérature américaine (traduction par Alain Dorémieux)
10/18, novembre 1999 (original : 1966)
7,10 euros

lundi 26 décembre 2016

"Spin" - Robert Charles Wilson

Trois héros principaux, trois adolescents (deux jumeaux et leur ami de jeunesse) dont le destin a basculé en même temps que celui de tous les autres vivant sur Terre la nuit où les étoiles ont disparu du ciel. Il faudra beaucoup de temps, d'années, afin de percer le mystère de cette disparition qui aurait pu passer inaperçue si cela n'avait entraîné beaucoup d'autres bouleversements. Toute une génération sera née sans avoir connu le ciel réel, depuis que la membrane - le Spin - a entouré la planète de son voile protecteur, la projetant hors du temps pendant que le Soleil gonfle à une allure impressionnante. Promis à une fin imminente, certains décident de profiter de ce basculement de temps pour coloniser la planète Mars - de laquelle viendra plus tard un représentant, avec son lot de réponses et de questions en attente...
Mais face aux menaces inconnues et mal comprises, l'espèce humaine à réussi à ne pas déclencher de guerre globale et totale, ce qui est tout à son honneur.
C'est un roman fascinant qui mêle astrophysique et spiritualité, politique et sociologie, qui pose plus ou moins les bonnes questions quant à savoir comment nous réagirions face à ce genre de catastrophe (relativement improbable). Indifférence, peur panique, fuite, renoncement...?
Il m'arrive de répondre : Mais il s'est passé des choses terribles.
Il m'arrive aussi de répondre : Mais nous ne comprenions pas. Et qu'aurions-nous pu y faire ?
Il m'arrive aussi de répondre par la parabole de la grenouille. Lâchez une grenouille dans l'eau bouillante, elle en sortira aussitôt d'un bond. Placez-la dans une casserole d'eau tiède que vous mettez à chauffer à feu doux, et la grenouille mourra avant de se rendre compte du problème.
Un coup de maître pour la SF, qui pose les bases d'un monde nouveau et d'un éternel recommencement. La plus grande question qui reste en suspens est de savoir quelle est cette autre entité capable de modifier le temps et l'espace, et si on doit se battre avec elle ou contre elle - bref, du nouveau sous le soleil même si ce sont des thématiques très largement abordées dans le domaine. Une écriture intelligente, bien posée, regorgeant de détails scientifiques et de démarches qui sortent un peu de l'ordinaire de certains romans de science-fiction qui se contentent de se servir des situations comme de prétextes. Cela donne un livre impeccable, de très bonnes idées, avec une structure bien pensée de passé / présent qui aide le lecteur à se faire guider à travers cette vision d'apocalypse. Les personnages et leurs relations qui semblent relativement sans intérêt au début se développent ensemble avec chacun sa particularité, et les retournements de situation ne manquent pas.
J'ai repensé à mes études de médecine, à ce cours d'anatomie dont j'avais parlé à Jason. Candice Boone, mon ex-presque fiancée, s'y trouvait aussi. Elle avait fait preuve de stoïcisme pendant la dissection, mais pas ensuite. Un corps humain, avait-elle affirmé, devrait contenir de l'amour, de la haine, du courage, de la lâcheté, une âme, un esprit... pas cet assortiment gluant d'impondérables bleus et rouges. 
Premier tome d'une saga, il vous donnera à coup sûr envie de plonger tout entier dans les affres du cosmos et de ses mystères. Et les quelques clins d'oeil à Philip K. Dick étaient forcément les bienvenus...

par Mrs.Krobb

Spin de Robert Charles Wilson
Littérature américaine (traduction par Gilles Goullet)
Folio SF, février 2015
9,20 euros