mardi 18 juin 2019

"La parabole du semeur" - Octavia E. Butler

La parabole du semeur (Évangile selon Saint Luc, 8, 5-8) qui a donné son titre à ce livre est celle-ci :  « La semeur sortir pour semer sa semence. Et comme il semait, une partie du grain tomba au bord du chemin ; elle fut foulée au pieds et les oiseaux la mangèrent. Une autre tomba sur le roc et, après avoir poussé, elle se dessécha faute d'humidité. Une autre tomba au milieu des épines et, poussant avec elle, les épines l'étouffèrent. Une autre tomba dans la bonne terre, poussa et produisit du fruit au centuple. »
« Pourquoi on pouvait pas voir les étoiles ? je lui demande. Tout le monde peut les voir. (...)
- Les lumières de la ville, dit-elle. Les lumières, le progrès, la richesse, toutes ces choses qui ne veulent plus rien dire à personne, aujourd'hui... Quand j'avais ton âge, ma mère me disait que les étoiles - les quelques étoiles que nous pouvions voir - étaient les fenêtres du ciel. Des fenêtres par lesquelles Dieu pouvait nous surveiller. Et pendant presque une année, je l'ai cru. »
Le récit prend place en Californie, en 2024. Lauren Oya Olamina vit avec son père, pasteur, et le reste de sa famille dans un quartier protégé, isolé, comme tant d'autres, parce que la misère et les violences sont si fortes qu'on ne peut compter que sur soi. Mauvaises politiques, abandon, crise climatique, pauvreté, esclavage... L'avenir ne s'annonce guère prometteur. Tandis qu'elle rêve de conquête de l'espace et d'une nouvelle religion qu'elle commence à créer d'elle-même, baptisée Semence de la Terre, les évènements se déchaînent et son quartier est détruit, avec presque tous ses habitants. Comme tant d'autres, elle part sur les routes avec ce qui lui reste de compagnons pour tenter d'aller là où l'herbe serait plus verte. C'est sans compter la brutalité à laquelle s'expose les personnes qui vagabondent sur les routes, et le fait que l'héroïne - comme de rares autres - est hyperempathique et ressent toutes les peines, souffrances (et quelques moments de plaisir) des gens qui l'entourent. Lauren réussira-t-elle à convaincre qu'il existe encore un Dieu ?
Les gens mettent le feu comme ils l'ont fait chez nous : pour mobiliser les voisins et en profiter pour entrer dans les maisons. Ils mettent le feu pour se débarrasser de leurs ennemis personnels ou de ceux qui ne sont pas de leur race ou de leur clan. Ils mettent le feu parce qu'ils sont frustrés, en colère, désespérés. Ils n'ont pas le pouvoir de se sortir de la misère mais il leur reste celui de faire du mal aux autres.
Le ton du livre est sans pitié, il présente la violence sans fard, d'une façon si réaliste que ce qui passe pour de la SF semble tellement toujours d'actualité. Octavia E. Butler signe une histoire très sombre, sanglante, désespérée, à bout de souffle et presque sans espoir, malgré les graines de foi et d'avenir qu'elle sème. L'humanité est offerte comme un essai de mouches. Malgré tout, à travers les personnages principaux, il semble y avoir quelque lumière, une lueur, une union qui fait force à travers les épreuves et une réelle volonté de s'en sortir, de construire quelque chose qui vaille la peine. L'enjeu social est politique est très fort, l'humanité (du moins la partie qu'on en voit) est totalement livrée à elle-même. La Californie brûle, et bien qu'il soit ici question entre autres d'une drogue qui donnerait des envies pyromanes, il n'y a guère besoin d'un prétexte en plus - d'ailleurs ce livre n'est pas tant un roman de science-fiction qu'il pourrait s'inscrire dans la réalité si rien ne change.
« Tout cela me paraît un peu simpliste.
- Simpliste ?
- Oui, et ceux qui adhéreront à ta "Semence" la rendront plus complexe, plus ouverte à l'interprétation, plus mystique, et plus rassurante.
- Pas tant que je serai là !
- Ils le feront, avec ou sans toi. Toutes les religions changent. Regarde les grandes religions. Qu'est-ce que serait Jésus aujourd'hui ? Baptiste ? Méthodiste ? Catholique ? Et Bouddha ? Crois-tu qu'il serait toujours bouddhiste ? Quelle espèce de bouddhisme pratiquerait-il ?
Il m'a souri et, après un silence, a ajouté :
- Après tout, si Dieu est Changement, alors Semence de la Terre changera avec le temps. »
Les fondements de Semence de la Terre, qui ponctuent le livre et donne un sens à la quête de Lauren Oya Olamina, désigne le Changement pour Dieu, et place l'humain au centre de la foi : c'est lui qui façonne, c'est lui le reflet de Dieu, c'est lui la cellule qui constitue l'Univers, c'est lui qui décide de sa vie et de son avenir, sans s'en remettre à une autorité. On y voit la difficulté de croire encore quand tout s'effondre - le véritable saut de la foi -, la difficulté de se projeter dans le temps et l'espace quand la seule urgence est de survivre, mais aussi la grande force de caractère et l'exceptionnelle volonté de cette jeune fille même pas encore majeure, capable d'unir des troupes, de leur montrer la voie. Il y a autant de candeur et de naïveté qu'il y a de dureté, de cruauté et de résilience. Le plus gros point fort de ce récit est de placer une jeune fille noire comme véritable héroïne et leader, bienveillante et féroce, courageuse et rêveuse, alors même qu'elle part avec un gros handicap qui pourrait lui coûter la vie.
Mon père me jetait un regard de temps à autre. Il me dit toujours : « Tu peux dominer ton handicap. Tu n'es pas obligée de t'y abandonner. » Il prétend, ou peut-être qu'il le pense sincèrement, que mon syndrome d'hyperempathie est quelque chose dont je peux me débarrasser à volonté. Après tout, la sensation de « partage » que je ressens n'est pas réelle. Ce n'est pas de la magie ou une perception extra-sensorielle qui me permet de partager la douleur ou le plaisir d'autres personnes. C'est purement psychique. Mon frère Keith faisait souvent semblant d'être blessé, juste pour voir si je pouvais partager sa prétendue douleur.
Je ne conseillerai pas ce livre à tout le monde, parce qu'il peut vraiment déclencher quelque chose de douloureux (mentions nombreuses de violence, esclavage, meurtres, viols...), néanmoins je pense quand même qu'il est vraiment important de célébrer la puissance de l'écriture d'Octavia E. Butler - autrice noire de science-fiction que je n'aurais peut-être pas connue sans Libère-toi, Cyborg ! de ïan Larue. La Parabole du semeur a une suite, La Parabole des talents, dont je vous parlerai tout bientôt.

Bonus : extraits 1, 2, 3, 4, 5, 6

par Mrs.Krobb

La parabole du semeur de Octavia E. Butler
Littérature américaine (traduction par Philippe Rouard)
Au Diable Vauvert, octobre 2001 (original : 1993)
14,50 euros

lundi 10 juin 2019

"Rosewater" - Tade Thompson

Que dire à propos de l'Ouverture ? C'est la formation d'un orifice dans le biodôme. La ville de Rosewater a la forme d'un beignet torique entourant le dôme. (...) Depuis onze ans qu'il existe, le dôme n'a pas laissé entrer un seul étranger. J'ai été la dernière personne à le traverser, et il n'y en aura plus d'autres. Par contre, Rosewater, qui a le même âge, se développe constamment. Cependant, chaque année, le biodôme s'ouvre pendant vingt à trente minutes du côté sud, dans le quartier de Kehinde. Ceux qui se trouvent dans les parages de l'ouverture sont guéris de toutes les affections physiques et de quelques maladies mentales. Pourtant, le résultat n'est pas toujours positif ; c'est un phénomène bien connu et largement étudié. Certaines reconstitutions physiques sont imparfaites, comme si le modèle était déformé.
L'histoire se déroule au Nigéria, en 2066, et remonte jusqu'en 2032, là où le personnage principal, Karoo, alors âgé de huit ans, découvre qu'il a une sorte de don particulier : c'est un réceptif. Quelques autres, rares, se trouvent dans le même cas. Capables de percevoir les pensées des gens qui les entourent, les réceptifs peuvent aussi retrouver des objets qui leur ont appartenu. C'est ainsi que Karoo se retrouve plus tard enrôlé à la fois dans une banque très moderne, mais aussi dans les services secrets, afin d'accompagner des interrogatoires. Cette réceptivité n'est pas du domaine du paranormal : il s'agit en fait de la capacité à se relier à la xénosphère, une nouvelle entité apparue en même temps... qu'un extraterrestre.
« Ici, au S45, ce que nous appelons la xénosphère, le lien psychique que vous pouvez tous exploiter, est constitué de filaments fongiques et de neurotransmetteurs extraterrestres. Cette xénoforme a été baptisée Ascomycetes xenosphericus. Elle est partout, dans tout l'environnement terrestre. Ces filaments fragiles sont trop petits pour être décelés à l'oeil nu, mais ils entretiennent de nombreux liens avec les champignons que l'on trouve naturellement sur la peau humaine. Ils sont attirés par les terminaisons nerveuses et accèdent rapidement au système nerveux central. Tous ceux qui sont liés à ce réseau de xénoformes, à cette xénosphère, lui envoient constamment et passivement des informations sans même le savoir. Il existe une banque de données globale dans l'atmosphère elle-même. Un esprit universel auquel seuls des gens comme vous peuvent accéder. »
L'auteur traite cette histoire d'extra-terrestre presque par-dessus la jambe, comme une broutille, le livre est principalement d'ordre militaire pendant un moment. On en sait peu, jusqu'à la fin du livre, comme si ce n'était qu'un prétexte (sauf que non, au contraire), et on peut comprendre son choix lorsqu'il fait dire dans le livre :  « Quand Ambroise apparaît, nous ne sommes même pas impressionnés, alors que nous savons qu'il s'agit de l'évènement le plus fabuleux dans l'histoire de la Terre. Nous avons déjà été colonisés. C'est un peu la même chose, que les envahisseurs viennent d'un autre continent ou d'une autre planète. » - sachant que Tade Thompson est d'origine nigérienne. Pour une fois, les États-Unis sont presque rayés de la carte, quasiment techniquement disparus aux yeux des autres pays.
En 2012, un extraterrestre atterrit à Londres. Il est de la taille de Hyde Park et se développe immédiatement dans le sol comme une masse informe. Le gouvernement de Sa Majesté sécurise alors toute la zone de l'autoroute M25 et il faut près d'une décennie pour stabiliser l'économie. On pense à l'époque qu'il s'agit du premier contact et les médias internationaux le considèrent ainsi jusqu'à ce que les États-Unis révèlent qu'ils pourraient détenir les preuves de trois autres atterrissages antérieurs. Cela se passe avant l'extinction de l'Amérique. Il n'y a pas de vaisseau spatial à Londres, seulement un rocher contenant une énorme créature intelligente. Il se trouve que cet extraterrestre diffuse dans toute la biosphère des macro-organismes et des micro-organismes, mais les humains ne s'en aperçoivent qu'après des dizaines d'années.
Nous suivons Karoo sur différentes chronologies - ce qui, je vous l'accorde, peut être dur à suivre, mais permet de garder du suspense dans l'intrigue et donc ne dessert pas le livre. Le développement du personnage est très intéressant, de même que certains autres qui apparaissent autour de lui : chacun•e est très en nuance, ni bon ni mauvais, avec des passés troubles, des idéaux très différents. L'autre point fort du livre, c'est cette xénosphère, cette dimension biologico-virtuelle qui permet tellement de choses. Et surtout, ce mystère qui plane à la fois autour du biodôme de Rosewater et sur cet endroit insaisissable qu'est le Lijad : « C'est plutôt un emplacement potentiel, un espace qui s'étend entre divers endroits. Comme le chat de Schrödinger, le Lijad existe dans une dimension où se superposent plusieurs probabilités inconnaissables. »
Dès que j'y réfléchis, je... comprends quelque chose. Quelque chose que j'ai décelé à propos de Molara dans la xénosphère. C'est une image, pas celle d'un Bluewing, mais d'une forme similaire. C'est mécanique, constitué d'alliages et de plastique, avec un appendice télescopique. La créature a trop de membres, seize en tout, filamenteux et constamment agités. Les ailes ne battent pas et ce papillon ne vole pas. Il plane, sans utiliser ses ailes pour se propulser. Son corps est plein de banques de mémoire et de processeurs de vérification des données. Il se branche sur un serveur afin de tester l'intégrité des informations, puis repart pour se poser sur un ordinateur adjacent. Il y a des serveurs à perte de vue, jusqu'à la ligne sombre de l'horizon. D'autres papillons s'agitent autour d'eux.
Je n'ai pas spécialement envie d'en dire plus, car puisque c'est le début d'une trilogie, toute l'histoire réelle commence à se poser uniquement à partir de la fin, une fois avoir fait le tour du passé et du présent du personnage principal. Néanmoins, j'aime beaucoup ce que propose Tade Thompson comme point d'orgue, j'aime son univers, sa façon de le décrire, les réflexions qu'il pose, sa façon d'envisager les formes de vie extraterrestre, la complexité de ses personnages et sa façon de raconter en spirale pour mieux garder en haleine jusqu'au noyau dur de l'histoire. Il y a un petit air d'Annihilation dans le thème du biodôme et de la vie très organique extraterrestre, et je peux déjà dire que je meurs d'envie de lire la suite.

Bonus : extraits 1, 2, 3

par Mrs.Krobb

Rosewater de Tade Thompson
Littérature anglaise (traduction par Henry-Luc Planchat)
Nouveaux Millénaires, avril 2019
19 euros

mardi 4 juin 2019

"Votre Cerveau vous joue des tours" - Albert Moukheiber

Une formule célèbre dit que « nous ne voyons pas le monde tel qu'il est mais plutôt tel que nous sommes ». C'est une vérité profonde que les travaux de science cognitives confirment aujourd'hui  le monde nous renvoie en permanence une multitude de signaux, nous en réduisons l'ambiguïté en choisissant ce que nous voulons voir. Ainsi, petit à petit, notre interprétation du monde nous façonne psychologiquement, culturellement et socialement. Cela ne veut pas dire pour autant que nous pouvons voir tout le temps ce que nous voulons voir, en d'autres termes que rien n'existe vraiment et que nous sommes libres de façonner notre propre réalité simplement en l'imaginant dans notre tête (...). Le réel existe et il est intangible, quand bien même on ne saurait l'appréhender sans que notre cerveau ne l'interprète.
Ce livre s'inscrit fortement dans les problèmes actuels de fake news (infox), et tend à faire comprendre de façon simple et accessible sans la vulgariser la façon dont "notre cerveau nous joue des tours", mais aussi la façon dont nous sommes aisément manipulé•e•s sans forcément nous en rendre compte. La première partie se concentre sur deux choses très essentielles dans la perception du monde : les yeux et le cerveaux, en partant de choses ludiques comme les illusions d'optiques et les tours de magie, pour approfondir en allant comprendre le fonctionnement du cerveau dans l'assimilation l'analyse des informations. Puis l'auteur introduit l'approximation, l'intuition et la réflexion.
Suite aux travaux de Kahneman et de Tversky, des centaines de biais cognitifs ont été répertoriés et des chercheurs continuent à en identifier régulièrement. Deux des biais dont on parle le plus en cette période d'avènement des infos, nouveau terme utilisé pour parler d'informations fausses ne reposant sur aucun fait, sont le biais de confirmation et le biais de la preuve anecdotique : le biais de confirmation nous pousse à ne prendre en compte que les informations qui renforcent nos opinions, nos convictions et nos croyances, et de rejeter comme fausses toutes les autres idées qui pourraient nous être présentées. Le biais de la preuve anecdotique intervient quand nous utilisons un exemple anecdotique pour justifier notre raisonnement.
Ensuite, nous voyons comment le stress influence notre comportement et notre vision du monde, de même que l'illusion des certitudes et des connaissances, la dissonance cognitive, le locus de contrôle, et l'impuissance acquise. Albert Moukheiber définit les différents biais cognitifs : biais d'ancrage, biais de confirmation, biais de notoriété, biais de représentativité, biais de sélection, biais de stéréotype négatif, biais de surconfiance, biais du moment présent, biais fondamental d'attribution et biais négatif d'interprétation... Que vous pourrez retrouver dans le glossaire de fin d'ouvrage si ces notions ne vous sont pas familières. Il aborde également les différentes erreurs que nous pouvons faire régulièrement dans nos jugements : erreur de la cause unique, erreur de la fausse équivalence, erreur de la preuve anecdotique, erreur du raisonnement binaire...
Nous surestimons en permanence notre capacité à comprendre le fonctionnement du monde, l'important est d'en avoir conscience et de ne pas nous arrêter au pic de confiance chaque fois que nous découvrons une nouvelle discipline, que nous sommes confrontés à de nouvelles idées. Au contraire, acceptons de plonger dans le vertige de la connaissance : nous l'accepterons d'autant plus que, comme en témoigne la courbe [de l'effet Dunning-Kruger], après le découragement face à l'étendue de ce qu'il nous reste à apprendre vient la remontée vers une connaissance plus solide.
Bien que le livre s'attarde beaucoup sur la façon dont nous nous dupons nous-mêmes sans s'en apercevoir ou volontairement, il laisse aussi une grande part à la manipulation volontaire des individus grâce à la dissonance cognitive, les fake news, mais aussi le gaslighting. Il prend en exemple une fable de La Fontaine, une expérience collective dans une secte de culte apocalyptique, l'effet « Franklin », l'effet Barnum... mais aussi, plus récent : l'exemple de la ligue du LOL.
Le gaslighting est un autre type de détournement cognitif qui s'appuie sur une manipulation de la mémoire : il s'agit de faire douter sa victime de sa mémoire ou carrément de sa santé mentale en présentant certains faits de façon tronquée, en modifiant quelques éléments du souvenir initial en lui disant qu'elle a tout inventé, ou qu'elle perd la raison. Cette forme d'abus émotionnel peut prendre plusieurs formes. (...) C'est aussi ce qu'ont fait certains membres de la « ligue du LOL », groupe Facebook créé en 2010 et composé quasi-exclusivement d'hommes, qui ont décidé de harceler en ligne « pour rire » des journalistes et des militantes féministes. Cela n'avait pourtant rien d'un jeu d'enfants : des membres de la ligue du LOL ont utilisé des images pornographiques pour faire des montages avec les photos des visages de certaines journalistes, d'autres les ont harcelés de messages haineux. (...) Lucille Bellan, journaliste, raconte dans Slate le harcèlement qu'elle a subi, et parle du moment où elle a senti qu'elle commençait à douter d'elle-même et à se dire qu'elle ne valait rien : « C'est difficile de s'assumer en tant que victime. Surtout là où tout peut être recouvert par le vernis de l'humour. Les mauvais jours, on se répète "je n'ai peut-être pas compris correctement", "mon papier n'était pas si bon que ça", et puis on encaisse. »
Pour finir, l'auteur réserve un chapitre à l'importance du contexte et un autre pour améliorer sa flexibilité mentale. Il est à noter que pour chaque notion, il fait appel à de nombreux exemples d'expériences quotidiennes et à des études scientifiques et sociales pour nous aider à comprendre et à mettre en contexte ces concepts de pensée et de perception. Le livre est donc d'utilité publique et facile à lire, à comprendre, et fait un tour assez global de la question de la perception de la réalité. J'aurais aimé en apprendre encore plus, mais c'est une approche très claire et limpide qui s'appuie sur de nombreux exemples récents afin de mieux poser ces concepts dans l'actualité. Albert Moukheiber est Docteur en neurosciences, psychologue clinicien et chargé de cours à l’Université de Paris 8 Saint-Denis. Il est l’un des fondateurs de Chiasma, collectif de neuroscientifiques s’intéressant à la façon dont se forment nos opinions, et a été notamment invité sur le plateau des TEDx pour cette vidéo.
Alors que chacun de nous est soumis à un flot continu d'informations, le défi est moins de lutter contre l'ignorance que contre l'illusion de connaissance. Il est plus facile d'apprendre des choses à une personne qui sait qu'elle ne sait rien, qu'à celle qui croit savoir alors qu'elle ne sait pas. 
Bonus : extraits 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10

par Mrs.Krobb

Votre Cerveau vous joue des tours de Albert Moukheiber
Essai français
Allary, avril 2019
19,90 euros

jeudi 30 mai 2019

"Caliban et la Sorcière" - Silvia Federici

Ce travail a également été motivé par la réémergence d'un ensemble de phénomènes, généralement associés à la genèse du capitalisme, qui accompagnent la nouvelle expansion mondiale des rapports capitalistes. Parmi ces phénomènes, on assiste à une nouvelle série d'enclosures qui a chassé des millions de producteurs agricoles de leur terre, une paupérisation massive, ainsi que la criminalisation des travailleurs par une politique d'incarcération rappelant le « grand renferment », décrit par Michel Foucault dans son étude sur l'histoire de la maladie mentale. Nous avons aussi été témoins, sur toute la planète, d'exodes allant de pair avec la persécution des travailleurs migrants, qui rappellent une fois encore les Bloody Laws [Lois sanglantes] introduites en Europe aux XVIe et XVIIe siècles pour permettre l'exploitation des « vagabonds ». Pour ce livre, le phénomène le plus important a été l'intensification de la violence faite aux femmes, y compris, dans certains pays (par exemple l'Afrique du Sud et le Brésil), le retour des chasses aux sorcières.
Cet extrait de l'introduction de Silvia Federici à son livre résume à lui seul la démarche de réflexion de l'autrice, qui parle de la chasse aux sorcières par le spectre de l'essor du capitalisme et de ses conséquences sur la propriété, l'accumulation, le rapport au corps et à la reproduction, et enfin la condition des femmes. N'étant pas moi-même très calée en histoire (il semblerait qu'il y ait des inexactitudes, mais n'oublions pas que l'autrice n'est pas historienne de formation), la première partie de son livre m'a beaucoup appris / rappelé les conditions de vie au Moyen-Âge et à la Renaissance, et quels étaient les rapports entre hommes et femmes, employeur•se•s et employé•e•s, souveraineté et peuple, etc. Le tour d'horizon dévoilé est très complet, précis et détaillé, et installe des bases assez solides pour comprendre comment se sont développés les rapports d'autorité et d'oppression. C'est donc un ouvrage à la fois social, économique et féministe, qui traite également de ce que la religion dominante a joué comme rôle dans cette évolution.
C'est au cours de la lutte antiféodale que nous trouvons trace de la première occurrence connue dans l'histoire européenne d'un mouvement populaire de femmes s'opposant à l'ordre établi et participant de l'élaboration de modèles de vie communautaires alternatifs. La lutte contre le pouvoir féodal produisit aussi les premières tentatives organisées de mettre en cause les normes sexuelles dominantes et d'établir des rapports plus égalitaires entre hommes et femmes.
La deuxième partie du livre s'attarde sur le mouvement de la chasse aux sorcières telle qu'elle s'est déroulée dans différentes parties d'Europe, mais aussi telle qu'elle s'est déroulée lors de la colonisation des Amériques, lors de la traite des esclaves d'Afrique. Silvia Federici offre un parallèle intéressant, sans comparer nécessairement ce qui ne peut l'être, mais en montrant comment ces mouvements se sont inter-influencés et les répercussions que cela a eu par la suite pour les populations et individuEs qui ont subi, plus qu'une oppression généralisée, une véritable hécatombe. Cette partie explique le choix du titre choisi par Silvia Federici, qui fait référence à La Tempête de William Shakespeare.
Et en effet, les anciennes religions furent préservées en grande partie grâce à la résistance des femmes. La signification des pratiques associées à ces religions se transforma. Bien que les cultes soient devenus clandestins, au détriment de leur aspect collectif dans la période précoloniale, les liens avec montagnes et autres sites des huacas ne furent pas détruits. On trouve une situation similaire dans le Mexique central et méridional où les femmes, surtout les prêtresses, jouèrent un rôle important dans la défense de leur communauté et de leur culture. D'après Resistencia y Utopia [ Résistance et Utopie] d'Antonio Garcia de Leon, dans ces régions, et à partir de la conquête, les femmes « dirigèrent ou conseillèrent toutes les grandes révoltes anticoloniales ».
Je ne vais pas faire un travail d'analyse poussée sur cet ouvrage (d'autres que moi l'ont déjà fait), car je n'ai pas les connaissances nécessaires pour le faire, mais je peux vous donner mon ressenti. Il s'agit pour moi d'un ouvrage plutôt pointu sur la question et qui utilise de nombreuses sources pour étayer les réflexions dont il se fait le porte-parole, et qui nécessite de vraiment prendre le temps d'assimiler et de questionner ce qui est dit. J'apprécie le fait que même s'il est principalement question de la condition européenne, on fasse aussi le tour de ce qui s'est passé ailleurs au même moment afin de mieux poser ce qui s'est déroulé sur une même période et de comprendre ce qui a induit un système d'oppression et de répression absolument cruel pour une population donnée. Il est très intéressant de noter que même si le sujet fait date, il est toujours autant d'actualité d'aujourd'hui, alors que les femmes ne disposent pas toujours de leurs propres corps, de leurs propres possessions, du fruit de leur travail, de leur droit à ne pas avoir envie de faire des enfants, et que la société dominante blanche est toujours aussi raciste, sexiste, classiste, (etc.), ce qui induit que les populations opprimées subissent encore le colonialisme au quotidien.
Ce qui mit fin à la chasse aux sorcières (comme Brian Easlea l'a démontré de manière convaincante) fut l'annihilation du monde des sorcières et la mise en place de la discipline sociale dont le système capitaliste victorieux avait besoin. En d'autres termes, la chasse aux sorcières prit fin, à la fin du XVIIe siècle, parce que la classe dominante se sentait alors de plus en plus en sécurité quant à son pouvoir, et non parce qu'une vision plus éclairée du monde avait émergé.
Vous pourrez retrouver sur cette page toutes les citations que j'ai regroupées par thèmes et qui vous donneront un bon aperçu des sujets explorés et de la direction prise par Silvia Federici pour expliciter la chasse aux sorcières. Je vous laisse également lire cet article détaillé pour chaque chapitre du livre, écrit par Franz Himmelbauer sur La voie du jaguar.
Les chasses aux sorcières qui ont lieu actuellement en Afrique et en Amérique latine sont rarement signalées en Europe et aux États-Unis, de la même manière que les chasses aux sorcières du XVIe et XVIIe siècles furent longtemps délaissées par les historiens. Et même lorsqu'elles étaient mentionnées, leur signification a généralement été sous-estimée, renvoyée à l'idée courante que de tels phénomènes appartiennent à une époque depuis longtemps révolue qui n'a rien à voir avec « nous ». Mais si l'on tire les leçons du passé, on réalise que la réapparition des chasses aux sorcières dans de nombreuses parties du monde au cours des années 1980 et 1990 est un signe évident du processus d' « accumulation primitive ». Cela signifie que la privatisation de la terre et des ressources communales, la paupérisation des masses, le pillage et la discorde dans des communautés qui étaient unies sont à nouveau au programme, à l'échelle mondiale.
par Mrs.Krobb

Caliban et la Sorcière - femmes, corps et accumulation primitive de Silvia Federici
Littérature américaine (traduction par le collectif Senonevero)
Entremonde, mars 2017 (original : 2004)
24 euros

mercredi 22 mai 2019

"Quel monde voulons-nous ?" - Starhawk

"Anarchiste" désigne quelqu'un•e qui conteste toutes les formes de hiérarchie, de coercition et de contrôle  enracinées dans la domination. Certain•e•s anarchistes refusent l'État dans son intégralité, d'autres acceptent certains compromis. L'anarchisme entretient la vision d'un monde plus libre, où les gens ne seraient pas gouvernés par la crainte et la force mais par démocratie directe et accords volontaires.
Écrit en 2002, ce livre est la suite de Chroniques altermondialistes - Tisser la toile du soulèvement global, paru en 2016 chez Cambourakis (mais il peut se lire indépendamment du premier), et fait furieusement écho aux mouvements militants de ces dernières années (et bien plus encore). Starhawk, qui s'identifie entre autres comme païenne, féministe, sorcière et anarchiste, est surtout connue pour sa participation à des actions directes non-violentes depuis les années 70 jusqu'à nos jours. Dans ses textes, elle essaye de concilier le monde spirituel et le monde politique, tente de trouver des solutions pour construire un monde meilleur et réveiller le pouvoir intérieur des gens pour se libérer du pouvoir de domination exercé sur elles et eux.
Tous mes écrits et mes pratiques activistes proviennent d'une vision alternative du pouvoir. Le pouvoir-sur, ou la domination, est le pouvoir qui nous est familier, le pouvoir qu'a un petit groupe de contrôler les ressources ou de limiter les choix des autres. Au bout du compte, il a pour source la violence et la force et s'appuie sur la police et les formes armées d'un État.
Mais le mot "pouvoir" ne se réduit pas à cela. Chacun•e de nous avons un genre différent de pouvoir : le pouvoir qui vient de l'intérieur de nous-mêmes ; notre capacité d'oser, de faire et de rêver ; notre créativité. Le pouvoir-du-dedans ne limite rien. Si j'ai le pouvoir d'écrire, cela ne diminue pas votre pouvoir ; en fait ce que j'écris pourrait vous inspirer ou vous éclairer.
Il va donc être ici question des différents pouvoirs de domination contre des minorités, comment leur système s'inscrit durablement et parfois inconsciemment, comment essayer de les contrer, les changer, les défaire. Il va sans dire que son point de vue reste celui d'une personne blanche qui bénéficie de certains privilèges et elle admet volontiers devoir défaire elle-même des préjugés encore tenaces, distillés par une culture principalement dominante. Néanmoins, son approche entrera en résonance avec les personnes qui s'identifient comme militantes, activistes et anti-oppressives, tout en étant conscientes de leurs propres pouvoir-sur, volontaires ou involontaires.
Même au sein de groupes qui se définissent comme antiracistes, qui veulent être accueillants à tou•te•s et accroître leur diversité, des comportements oppressifs demeurent. Le sexisme, le racisme, le classisme, l'homophobie, etc. de la société où nous avons grandi imprègnent notre personnalité. Ils nous mènent à répondre aux personnes différentes de nous sur des modes inappropriés, souvent inconsciemment. Ils créent des taches aveugles, où nous ne pouvons littéralement pas voir notre propre comportement. Tenter d'examiner et de défaire ces comportements nous entraînent sur un terrain émotionnel hautement instable, à la surface duquel affleurent la honte, la culpabilité, la haine, la rage et la douleur.
Starhawk commence par le plus global : l'environnement, le rapport entretenu avec la nature. Il est bien fait mention du fait que l'on sépare encore nature et humanité, comme si nous n'en faisions pas partie mais étions une entité bien différente. Ce travers qui fait que l'on a plus de facilité à se dissocier de son environnement et à ne pas s'en sentir responsable. Bien qu'il paraît clair qu'il est difficile pour les habitant•e•s des villes de se sentir proche d'un environnement non-artificiel, et donc de se préoccuper d'un aspect de la nature qui n'est pas côtoyé chaque jour, nous avons aujourd'hui le souci et la responsabilité d'agir pour la durabilité de l'écosystème, chacun•e à sa manière.
L'environnement semble moins réel que le bilan comptable ou les derniers résultats des sondages d'intention de vote. Et à mesure que je pensais à cela, mon autosatisfaction se dissipait. Car je devais avoir l'honnêteté d'admettre que pour la plupart des gens des villes, même pour la plupart des environnementalistes et aussi des païen•ne•s qui affirment honorer la nature, l'environnement avait effectivement quelque chose d'irréel : un espace de détente occasionnelle, que nous apprécions esthétiquement, mais sans saisir au plus profond combien nos vies en dépendent. Ma famille et moi avons été arrêtées pour avoir essayé de protéger des forêts primaires, mais la vérité est que, avant que nos ami•e•s nous aient emmené•e•s en randonnée, nous n'aurions pas nécessairement reconnu une forêt primaire si nous en avions vu une.
Il est donc posé que la plupart des humains se détachent de l'entité nature, mais il est tout aussi troublant que les humains se détachent à l'intérieur même de leur propre espèce, pour se placer toujours plus au-dessus, pour toujours plus exploiter, contrôler, profiter, diminuer. Et c'est d'autant plus inquiétant que si l'humain n'est pas capable de respecter ce qui lui ressemble, il est donc incapable d'avoir du respect pour sa propre maison et sa famille élargie. En cause ici, principalement : racisme, sexisme, hétérosexisme, classisme, etc. mais aussi appropriation culturelle, réappropriation des luttes... D'où viennent ces préjugés, comment s'en défaire, comment être un•e bon•ne allié•e, quelles sont les erreurs à ne pas faire, comment mieux vivre ensemble : un mini-traité qui ne se veut jamais exhaustif et qui prend en compte ses propres œillères tout en tentant de faire toujours mieux.
• Être un•e bon•ne allié•e signifie développer des relations personnelles et pas seulement politiques. Cela signifie apprendre à connaître les gens dans toute leur densité, aller prendre un café ou une bière, passer du temps, inviter les gens à dîner et pas seulement à des réunions.
• Être un•e bon•ne allié•e signifie poser la question de la diversité dans des groupes qui ne s'en sont pas encore préoccupés, observer qui est inclus•e et qui ne l'est pas, mettre en question les politiques et les pratiques qui produisent de facto des exclusions.
• Être un•e bon•ne allié•e signifie partager les ressources, l'attention des médias, les occasions de parler et d'être entendu•e.
• Être un•e bon•ne allié•e signifie contrecarrer les oppressions, ne pas laisser passer les remarques racistes ou sexistes, ne pas laisser le groupe ciblé avoir toujours à se défendre lui-même.
• Être un•e bon•ne allié•e signifie apporter notre soutien aux questions des autres sans abandonner les nôtres.
Et puisqu'il est question de tout ça, il est donc question de violence. Starhawk donne sa propre définition de la violence : « Je définis comme « violence » la capacité d'infliger de la douleur physique, de nuire, ou de tuer, la capacité de punir en restreignant la liberté ou en limitant les choix, la capacité de s'accaparer des ressources vitales ou pécuniaires et de les redistribuer à sa guise, la capacité de blesser émotionnellement ou psychologiquement, de faire honte et d'humilier. » Elle admet également qu'il est difficile d'établir une définition de la violence qui soit la même pour tou•te•s et en toute circonstance. Elle fait aussi le tour de ce qui constitue une action « non-violente » et à quel moment il peut être acceptable de laisser parler sa colère et faire preuve d'une certaine violence si ça peut mener à des résultats concrets.
Néanmoins ce sont Gandhi et King qui sont encore et toujours invoqués comme les auteurs de la philosophie de la non-violence, dont les portraits sont brandis dans les manifestations et dont les textes sont cités. Beaucoup de pacifistes se qualifient de gandhiens mais je ne connais personne, y compris parmi les femmes, qui se qualifie de paulienne ou de pankhurstienne ou d'ellabakerienne ou de rosaparksienne. Que nous prenions les hommes pour autorités morales et effacions la contribution des femmes donne une mesure du sexisme intériorisé au sein même du mouvement. (...) Alors que personne à ma connaissance ne fait de la chasteté une condition pour participer à une campagne d'action directe, pour Gandhi elle était indispensable.
L'autrice termine par un chapitre qui répond à la question première du livre : Quel monde voulons-nous ? Voici ce que nous voulons. Cela passe par "la viabilité des systèmes qui entretiennent la vie sur la planète", le respect du "domaine du sacré", le contrôle des communautés sur leurs propres ressources, droits et héritages, la responsabilité des entreprises, le soutien équitable pour tou•te•s, une juste compensation du travail, le droit à la dignité et à la sécurité, la responsabilité collective et la démocratie. Les rôles de l'économie sont définis ainsi : la sécurité, l'abondance, l'équité, l'efficacité, la durabilité, la solidarité. Et si nous voulons être de bon•ne•s allié•e•s : être honnêtes, faire de la place, nous définir autrement, approfondir nos savoirs, demander la permission et reconnaître les dettes, contrecarrer l'oppression, donner en retour, penser aux enfants.
La Police du Langage. Changer notre langage, apprendre de nouvelles manières de dire et de penser les problèmes fat partie de la réponse à donner aux syndromes de la domination. Il y a certains mots qui doivent tout simplement être bannis du vocabulaire des personnes conscientisées, et beaucoup de concepts et d'images doivent être repensées. Mais souvent, dans les groupes, quelqu'un•e semble rôder comme une mante religieuse, se frottant les mains dans l'attente d'une erreur sur laquelle il ou elle pourra se jeter. (...) La Police du Langage peut de manière consciente ou inconsciente essayer de se montrer comme véritablement antiraciste, mais son zèle sape le travail de mise en cause effective de l'oppression. Un groupe dont les membres commencent à ne plus vouloir s'exprimer de peur de commettre une erreur qui heurte la sensibilité devient morne et étouffant. Or, le langage peut être mis en question sur des modes susceptibles d'activer la créativité plutôt que de faire taire.
Ce livre est un bon rappel pour toute personne déjà un peu engagée ou qui souhaite l'être encore plus, encore mieux. Du bon sens, des vérités simples, des prises de conscience, du pragmatisme, des solutions, pas de moralisme, une tentative de rassembler, réfléchir, reprendre le pouvoir ou donner un peu de sa part... Pour celles et ceux qui ne se sentent pas spécialement d'affinité avec le côté "sorcière" mais qui se sentent plus ancré•e•s dans le quotidien pratique, ce livre conviendra parfaitement pour s'initier à la vision de Starhawk.

Bonus : extraits 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10

par Mrs.Krobb

Quel monde voulons-nous ? de Starhawk
Littérature américaine (traduction et préface par Isabelle Stengers)
Cambourakis, avril 2019
21 euros